Par  micro territoire  URBain,

                                          

                                                 agir localement globalement

 

A l'échelle d'un micro territoire urbain comme un quartier, il s'agit d'avoir une action concertée sur le plus d'espaces possibles, dans une perspective de complémentarité de milieux naturels et de mise en connexion écologique. Il s'agit également de faire prendre conscience à une communauté locale de l'importance de chacune de ses décisions et de ses modes de gestion sur la problématique de la biodiversité urbaine. Les expériences en la matière ne sont pas si nombreuses mais permettent de suggérer des pistes à suivre, des clés pour l'action.

  1. Les inventaires de patrimoine naturel local intégrant espaces privés et publics, sont une première étape indispensable.

  2. Au niveau des collectivités, la règlementation urbanistique permet de systématiser cette prise en compte.

  3. Des dispositifs participatifs d'animation sont nécessaires à la coordination de projets en faveur de la biodiversité car tous les acteurs d'un territoire sont systématiquement concernés en tant que propriétaires, locataires ou usagers des espaces.

    Nous mettons régulièrement en ligne des fiches sur telle ou telle expérience qui nous aura semblé particulièrement intéressante, dans notre rubrique "Expériences, idées, liens".

    En espérant qu'ils pourront nourrir votre propre réflexion et vous aider à construire les réponses à mettre en place sur votre propre territoire.

     

 

I. Les inventaires de patrimoine naturel local intégrant espaces privés et publics, sont une première étape indispensable.

Il s'agit en effet, avant d'agir ou de se préparer à développer de l'action en faveur de la biodiversité sur un territoire, de connaître les richesses et les faiblesses de ce territoire en matière de patrimoine naturel.

  • Quels sont les milieux en présence (forestier, intermédiaire, prairial, humide ou rocailleux).

  • Quelle est l'importance respective de ces milieux (surface) par rapport aux espaces minéraux? Peut-on avoir une idée du pourcentage de pleine terre sur le quartier?

  • Quelle est la qualité des espaces de nature identifiés ?

  • Quel est leur statut?

  • Quelles sont les espèces en présence, sont-elles locales, observe-t-on des insectes, des oiseaux, lesquelles...

  • Quels sont les espaces sources, les espaces potentiels de développement, les corridors écologiques (cf notre rubrique "les nécessaires liaisons écologiques entre les espaces").

Ce n'est pas parce qu'on voit un bosquet, une haie ou une prairie de loin, qu'ils sont en capacité d'accueillir la biodiversité. Ils peuvent tout aussi bien être de simple décors verts, sans capacité d'accueil du vivant car ne présentant pas les qualités requises (cf notre rubrique "les milieux naturels référents").

Ces questions, soit vous vous les posez vous-même, soit vous en faites la liste avec une association environnementale locale et vous y répondez avec elle, soit vous avez les moyens de faire appel à des bureaux d'étude... (ce que font généralement les collectivités). Ces derniers sont en capacité d'établir des diagnostics très pointus. Cependant, la technicité de leurs inventaires et leur niveau d'expertise ne rendent pas toujours facile le partage des connaissances et des observations. Il y a toujours intérêt à faire soi-même le travail, collectivement, avec d'autres personnes motivées pour pouvoir constater ensemble, pour se créer des référents communs, pour établir ensemble un constat. Car ce qui compte dans un inventaire, c'est la restitution et l'intégration de ces résultats, et donc leur compréhension.

En la matière, les expériences de Portrait Nature de Quartier développées par notre association sont une des possibilités de mobilisation collective.

 

2 . Au niveau des collectivités, la règlementation urbanistique permet de systématiser cette prise en compte.

Ainsi, dans les PLU (Plan local d'urbanisme, qui répartit l'ensemble des parcelles d'une commune au sein de plusieurs catégories d'usage), la catégories "espaces verts" ne signifient pas pour autant "espaces de nature" (les hectares de gazon ras comme les terrains de foot en font partie). Comment faire valoir cette distinction ?

Comment faire valoir des objectifs d'augmentation des espaces verts (et par la même occasion des espaces de nature) dans une ville durable qui cherchera à se renouveler sur elle-même, en construisant sur ses espaces vacants. N'y a-t-il pas là nécessité à augmenter les hauteurs moyennes de bâtiments afin de libérer de l'espace au sol, pour nos usages mais également pour la biodiversité ?

Aujourd'hui, il s'agit d'introduire dans les documents de programmation urbaine à 10 ans, à 20 ans, les tracés de futurs corridors écologiques, et attention à ne pas confondre un alignement d'arbres et un corridor écologique  (cf, notre rubrique "les nécessaires liaisons écologiques").

Certaines communes imposent désormais un principe de coefficient de végétalisation à tout projet d'aménagement, coefficient à respecter en croisant % de pleine terre et % de végétalisation du bâti de façade ou de toiture (à condition d'imposer une liste de plantes locales, et un coefficient de pleine terre à minima, sinon, ça ne sert à rien, ce n'est que créer du décor vert. L'idéal est de se faire accompagner d'écologues comme les cantons suisses de Bâle ou de Zurich qui ont mis en place ces dispositifs d'accompagnement).

Dans l'instruction des permis de construire, pour des aménagements ou des requalifications, les services techniques devraient privilégier le maintien de coefficient de pleine terre à minima sur les parcelles de même que la préservation systématique des zones humides en présence et leur introduction à partir d'une certaine surface de parcelle.

Les plantes locales devraient être prescrites systématiquement dans des recommandations de type architecturales et paysagères ainsi que des principes d'entretien écologique.

Enfin, dans le Nord-Pas-de-Calais, où les friches urbaines sont nombreuses, il y a nécessité de prendre conscience de la capacité d'accueil faune-flore qu'elles représentent aujourd'hui, potentiellement en danger demain en raison de projets d'aménagements qui les transformeront à terme et verront disparaître les quasi derniers milieux sauvages urbains. Non qu'il faille les mettre sous cloche, mais bien prendre en compte leur accueil faune-flore pour ne pas en réduire les capacités dans les futurs projets d'aménagements.

 

3 . Des dispositifs participatifs d'animation sont nécessaires à la coordination de projets en faveur de la biodiversité car tous les acteurs d'un territoire sont systématiquement concernés en tant que propriétaires, locataires ou usagers des espaces.

En matière de dispositif collectif de prise en compte globale de la biodiversité sur un territoire urbain, il faut noter l’avance prise par nos voisins belges avec l’introduction des PCDN : Plans Communaux de Développement de la Nature, soutenus par la Région Wallonne, qui prennent en compte les espaces privés et publics et cherchent à activer les différents moyens qui permettent de les faire évoluer. Permis de construire, gestion des espaces verts, prescriptions architecturales, ateliers collectifs, tout est abordé dans une démarche concertée réunissant l’ensemble des acteurs locaux volontaires.

Il faut souligner également dans la région Nord-Pas-de-Calais, l’animation du dispositif Naturenville par la Maison Régionale de l’Environnement et des Solidarités à Lille - mres-asso.org - qui permet de mettre en lien de nombreux projets associatifs et de faire se rencontrer les acteurs locaux.  - creusement d’une mare dans une école, plantation d’une haie, mise en place de bourses de plantes et de graines, végétalisation de façades ou de toitures, achat mutualisé de plantes locales, constitution de corridors écologiques, réintroduction d’une espèce animale, transformation d’une ancienne carrière en réserve naturelle volontaire, adoption de vieux arbres, mise en place de jardins partagés… les exemples sont nombreux, même s’ils ne le sont pas assez.

Aujourd'hui, la mise en place de la trame verte et bleue régionale amène notamment la création de postes d'animateurs au sein des entités territoriales que sont les PAYS, les Parcs Naturels Régionaux pour la mise en place de cette trame, mais ces expérience se réalisent essentiellement en milieu rural et non urbain. De même, la mise en place de zones Natura2000 ou de zones naturelles protégées, exigent également concertation locale et animation de la participation des acteurs, mais nous ne sommes pas non plus ici en milieux urbains.

 

Les Portraits Nature de Quartier développés par notre association permettent d'établir un diagnostic partagé et de construire collectivement un programme d'actions en faveur de la biodiversité locale (télécharger la fiche dans notre rubrique "expériences, idées, liens").