Les nécessaires

                   liaisons écologiques

                              entre les espaces

  1. Ce sont les théories de l'écologie du paysage qui ont mis en exergue les nécessaires liaisons entre les espaces de nature qui permettent le déplacement des espèces animales et végétales, indispensables à la pérennité de leurs populations.

  2. A contrario, les obstacles naturels ou artificiels empêchent ces déplacements et nuisent fondamentalement à l'accueil faune-flore d'un territoire.

  3. En ville, comme ailleurs, il faut restaurer ces connexions naturelles, tant horizontales que verticales pour permettre que les échanges écologiques s'effectuent entre les espaces et donc que la biodiversité s'y développe à nouveau.

 

 

1. Ce sont les théories de l'écologie du paysage qui ont mis en exergue les nécessaires liaisons entre les espaces de nature qui permettent le déplacement des espèces animales et végétales, indispensables à la pérennité de leurs populations.

 

Pour tout représentant de la vie animale, il faut pouvoir se rendre d'un espace d'hibernation à un espace de reproduction, souvent distants l'un de l'autre. Il faut pouvoir aller chercher des partenaires sexuels qui permettent un certain brassage génétique. Il faut pouvoir arpenter un territoire à la recherche de sa nourriture quotidienne que le petit bosquet isolé ne saurait apporter trop longtemps. Il faut donc que ces déplacements soient possibles et ce à l'abri des prédateurs, sur des trajets rassurants, qui sont formés des matériaux, des matières que l'on a l'habitude de fréquenter, sans rupture de température, d'humidité, de nature de sol. En effet, toute modification des caractéristiques de ce qui constitue le trajet reste surmontable pour un mammifère ou un oiseau mais pas pour un insecte rampant, ni même quelques fois pour un insecte volant. Donc, il faut  des corridors écologiques.

Les besoins et les modes de déplacements, d'une espèce à l'autre, d'une famille animale à l'autre sont bien sûr très différents. Les corridors écologiques également, selon l'espèce, selon l'obstacle, selon les distances...

Les théories de l'écologie du paysage soulignent que l'amélioration de la biodiversité correspondra à l'expansion d'une biodiversité existante et présente, depuis ce qui peut-être identifié comme des espaces sources de nature ou des coeurs de nature vers des espaces de développement via des corridors écologiques.

Définition du terme "Trame verte" - Wikipédia

Définition du terme "Réseau écologique" - Wikipédia

Améliorer la biodiversité d'un territoire consistera à permettre que la faune et la flore présentes sur ces espaces sources puissent croître grâce à l'augmentation de leur territoire de vie, via l'accueil sur de nouveaux espaces, considérés comme des espaces de développement potentiel. Ces espaces de développement sont des espaces de nature pas trop éloignés des espaces sources, ils auront été identifiés préalablement et généralement améliorés grâce à des aménagements et des modes de gestion adaptés. Ensuite, pour permettre à la biodiversité de l'espace coeur de nature de se déployer, il s'agira de constituer la trame naturelle qui autorisera les déplacements d'un espace à l'autre, via les corridors écologiques.

Selon que l'on envisage un déploiement global de biodiversité d'un espace à l'autre ou plutôt celui d'une espèce cible, particulièrement menacée par exemple, on mettra en place des corridors écologiques généralistes ou spécifiques.

Les corridors généralistes sont des continuités végétales de plusieurs mètres de large, présentant plusieurs strates (arborescentes, arbustives, herbacées, grimpantes), avec des "accidents", des cachettes, des zones de repos... permettant tout type de déplacements.

Un corridor spécifique sera adapté pour une espèce ou une famille : lianes, cimes, ourlet herbeux, crapauduc, passage à faune...

Un alignement d'arbres en ville n'est pas un corridor écologique. Le terme de corridor (dans son sens généraliste) exige la présence des différentes strates et une continuité de pleine terre.

Un corridor écologique peut faire quelques mètres mais aussi plusieurs milliers de kilomètres, notamment en aérien avec les migrations des oiseaux. Excepté quelques rares espèces qui peuvent ne jamais se poser pendant ces longs voyages, ces trajets doivent pouvoir offrir gîte et couvert à leurs hôtes de passage. Le détroit du Nord-Pas-de-Calais est un corridor écologique majeur pour ces migrations. Les marais attenants qui servent de lieu d'accueil à cette population en déplacement, servent malheureusement également de réserve de chasse...

 

 

2. A contrario, les obstacles naturels ou artificiels empêchent ces déplacements et nuisent fondamentalement à l'accueil faune-flore d'un territoire.

 

En zone urbaine, ils sont particulièrement nombreux. Réseaux routiers denses, clôtures, murs et façades, voies sncf, canaux avec leurs berges minéralisées, murs de bruit, halos lumineux, passages ininterrompus de véhicules, larges surfaces minéralisées au sol... Cela porte particulièrement préjudice aux espèces se déplaçant au sol ou en sous-sol. Les espèces volantes étant mieux armées, encore faut-il que les déplacements entre leur différents espaces fonctionnels ne soient pas trop longs. Un oiseau ou une chauve-souris qui nourrit ses petits doit généralement trouver sa nourriture, sa quantité d'insectes par exemple, dans un périmètre de moins de 1 Km.

 

3. En ville, comme ailleurs, il faut restaurer ces connexions naturelles, tant horizontales que verticales pour permettre que les échanges écologiques s'effectuent entre les espaces et donc que la biodiversité s'y développe à nouveau.

 

La connectivité verticale entre les espaces.

Les échanges écologiques doivent avoir lieu entre le haut et le bas d'un arbre ou d'un bâtiment comme ils le feraient en forêt ou comme ils s'établiraient entre le haut et le bas d'une falaise.

Quoiqu'il arrive, entre le haut et le bas d'un arbre, il y a le tronc. Mais en forêt, en plus, il y a une succession de différentes strates végétales qui jouent un rôle d'escalier : les plantes de sous-bois, les arbustes, les jeunes arbres... et qui de plus sont reliés par les plantes grimpantes, le lierre notamment, le chèvre-feuille. Autant de plateformes à insectes, de méandres à suivre, de diversité de cachette, de feuilles à manger qui multiplient les formes de vie.

Les arbres des parcs urbains au pied desquels l’herbe est tondue à ras, auraient besoin d’être entourés d’un ourlet herbeux et d'être support à des plantes grimpantes qui augmenteraient les possibilités d’échanges de la micro-faune locale.

Les arbres d’alignements sont limités dans leurs utilités écologiques de par leur isolement, mais les plantations à leur pied pourraient les renforcer : ourlet herbeux, arbustes, plantes grimpantes.

La falaise en milieu naturel, via des successions de plantes qu’elle pourra accueillir dans ses cavités et reliefs, permettra de relier ses deux étages (son front et sa base) et de multiplier ainsi les échanges floristiques et faunistiques ascendants et descendants. Ainsi, si une toiture végétalisée n'était pas reliée au sol par des plantes grimpantes depuis le bas de l’immeuble, ou par une colonne de pierre sèche ou un gabion,  les échanges écologiques n’auraient pour support que le déplacement des oiseaux et l'effet du vent. Et la diversité floristique et faunistique ne se mettrait pas en place sur ce toit, souvent déjà desservi par la mise en place de sédums horticoles par les professionnels de l'étanchéité, sélectionné pour leur capacité de résistance à la sécheresse et non pour leurs qualités nectarifères, leurs capacités de nourrissage...

 

La connectivité horizontale entre les espaces

Un bois ou un bosquet urbain qui ne serait pas relié à une zone humide de proximité (mare, bassin, canal ou rivière dont les berges doivent également être accessibles) ne pourrait jouer pleinement son rôle de substitution. Si cette connectivité n’est pas possible, il est alors envisageable de creuser une mare au milieu de ce bosquet urbain.

Rendre possible cette connectivité, c’est imaginer comment la faune présente (ou potentiellement présente) pourra se déplacer jusqu’à cette ressource en eau, et y avoir accès. C’est donc rendre possible des trajets qui ne soient pas interrompus par des voies de circulation ou des constructions et qui respectent les modes de déplacements : au sol, d’arbre en arbre, d’ombre en ombre, d’abri en abri, suivant une certaine densité végétale, humidité ou fraîcheur de l’air.

Des crapauducs sous les voies de circulation sont quelques fois mis en place, et peuvent ainsi limiter la mortalité des batraciens qui se déplacent vers leurs lieux de reproduction. Des passages pour les poissons sont également introduits là où il y a des barrages ou des ouvrages hydro-électriques.

Entre deux jardins, des grillages ou des clôtures de bois qui présentent des maillages larges, notamment au sol, permettront au hérisson de se déplacer, de même qu’à la musaraigne.

La végétalisation des murs et clôtures favorisent également les échanges entre deux espaces.

Sur les voies d’autoroutes, ce sont des éco-ponts qui sont parfois aménagés ou des passages à faune souterrains.

Au regard de la fragmentation de notre territoire, ces procédés devraient se généraliser. En ville, la (trop) faible diversité des espèces se déplaçant au sol ne rend pas compliqué cet exercice. En Angleterre, le hérisson, la musaraigne, le lérot, les batraciens, la fouine mais également le renard et le blaireau ont trouvé leur place dans les milieux urbains en suivant le trajet des voies ferrées.