Les caractéristiques

 

                  du milieu urbain

  1. Ses caractéristiques physiques ne se retrouvent nulle part en milieu naturel.

  2. Par ailleurs, il faut prendre en compte la complexité organisationnelle, sociale, d'usages ainsi que les lieux de décision, le nombre et l'interdépendance des acteurs... de ce milieu

  3. Une certaine faune s'y est adaptée au cours des siècles et a su y trouver ressources soit dans les poches de milieux naturels qui pouvaient encore s'y maintenir, soit directement en lien avec l'activité humaine (le bâti, les déchets...) mais l'évolution de la ville remet en question ces adaptations.

  4. Autre facteur de fragilisation de la biodiversité : des espaces verts urbains conçus comme de simples décors verts, et non dans leur fonction d'accueil du vivant.

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1. Ses caractéristiques physiques ne se retrouvent nulle part en milieu naturel.

 

  • C'est avant tout un milieu "hyper fragmenté" ou "hyper morcelé", au nombre incalculable de parcelles, petites et grandes imbriquées. Souvent séparées, les unes des autres par des obstacles quasi infranchissables pour la faune terrestre (hauts murs, clôtures, bâtiments, routes, canaux...) , les parcelles sont mal connectées les unes aux autres en raison de ces obstacles.

  • C'est également un milieu "hyper minéralisé" : il reste peu d'espaces de pleine terre. Les bâtiments, les routes, les parkings, les cours d'école... le minéral domine et laisse à la végétation des espaces véritablement résiduels. A cet égard, il faut noter l'importance des friches urbaines de notre région du Nord-Pas-de-Calais dans ce qu'elles représentent d'espaces de pleine terre ou d'espaces d'accueil faune-flore non comptabilisés comme tels (alors que bien réels). Leur futurs aménagements pourraient donc représenter une terrible perte de capacités d'accueil faune-flore urbaines en région, s'ils n'intègrent pas cette contrainte écologique liée à leurs capacités d'accueil actuelles. A suivre... notamment les cahiers des charges de ces futurs aménagements pour y suggérer un certain % de plein terre à respecter.

  • En milieu urbain, il fait plus chaud qu'en milieu rural. On parle généralement de 2 ou 3 degrés de plus. D'abord parce qu'il y fait plus sec, et donc c'est un milieu qui connaît l'été des pics de chaleur plus élevé qu'en milieu rural, plus humide en raison de sa végétalisation plus importante. L'hiver, ce sont les déficits thermiques de nos bâtiments et de nos activités industrielles qui réhaussent la température globale.

  • Le vent n'y fait pas les mêmes trajets qu'en milieu ouvert. On peut trouver notamment  des couloirs venteux spécifiques à la ville, en raison d'alignement de hauts immeubles, rendant difficile certaines végétalisations.

  • La pollution de l'air (et par conséquent du sol) y est importante, elle est essentiellement due au trafic routier, mais dans notre région, les rejets "air" industriels sont loin d'être négligeables, notamment sur les villes du littoral flamand, comme ils l'ont été dans le bassin minier ou dans les villes textiles qui fonctionnaient au charbon. Cette pollution se dépose sur les espaces de pleine terre, ou sur les espaces minéraux et est lessivée par les pluies qui entraînent ces hydrocarbures ou ces métaux lourds vers les nappes phréatiques. Cette pollution des sols est particulièrement importante sur les friches industrielles et il n'est pas rare que des tests de qualité organique révèlent des taux anormaux de telle ou telle substance. Il est d'ailleurs recommandé, avant de cultiver où que ce soit, même avant de faire pousser quelques légumes dans son jardin, de vérifier la qualité écologique du sol, les sous-sols étant en contact entre eux et ne garantissant aucune barrière à la pollution. Autre source de pollution, toujours d'actualité en Nord-Pas-de-Calais, celle qui est issue des deux guerres et toujours enfouie : munitions, explosifs....

  • Enfin, la pollution lumineuse fait également de nombreux dégâts en ville. En effet, tant les plantes que les animaux suivent une horloge biologique interne qui est notamment régie par la lumière (et l'absence de lumière). Il faut que le noir se fasse pour que l'animal s'endorme, que la plante se ferme, que leurs capacités de reproduction suivent des rythmes naturels. Et l'éclairage artificiel des villes laisse peu de place à cette obscurité.

2. Par ailleurs, il faut prendre en compte la complexité organisationnelle et social, ainsi que les lieux de décision, le nombre et l'interdépendance des acteurs de ce milieu.

 

  • Autant de parcelles, autant de propriétaires, et encore plus de locataires et d'usagers. Autant de codes de l'urbanisme, de règlements intérieur, de savoir-faire, de goûts, de moyens, de capacités de projets individuels ou collectifs... le tissu urbain est une dentelle !

  • Il y a les espaces privés et les espaces publics avec les espaces verts, les voieries, les logements privés avec ou sans copropriétés, les logements sociaux, les bâtiments de bureaux, les bâtiments publics, les jardins familiaux, les écoles, les administrations, les friches, les squares, les voies sncf, les canaux, les zones industrielles, les zones d'activités, les zones commerciales, les autoroutes, les périphériques, le métro, le bus, le tramway, les stations, les ronds points, les égouts, les ponts, les quais...

  • Il y a ce qui relève de la Commune et du code de l'Urbanisme, de la Communauté de Commune, du Département, de la Région, ou du Conseil de Quartier, de la copropriété ou du code du travail ou de la DRIRE ou de la CCI ou de l'Académie...

  • Quelle complexité ! Combien de personnes à toucher pour agir sur un hectare, combien de leviers à soulever, combien de démarches à effectuer ! C'est un travail de fourmi, rigoureux et obstiné.

 

3. Une certaine faune s'y est adaptée au cours des siècles et a su y trouver ressources soit dans les poches de milieux naturels qui pouvaient encore s'y maintenir, soit directement en lien avec l'activité humaine (le bâti, les déchets...) mais l'évolution de la ville remet en question ces adaptations.

 

  • Une certaine faune a notamment au cours des siècles trouvé auprès de l'homme la concentration d'un certain nombre de ressources, liées initialement à l'exploitation agricole du territoire (bâtiments, mares, déchets, graines, murailles, boue, paille...). L'hirondelle des fenêtres par exemple, s'est extraite des falaises où elle accrochait ses nids pour choisir de les poser à même les  bâtiments. La souris domestique, le moineau domestique ont trouvé leur bonheur dans le voisinage de l'homme.

  • Puis le phénomène urbain est apparu avec notamment ses bâtiments dont l'architecture fut adoptée par un certain nombre d'espèces qui y trouvaient notamment les milieux cavernicoles qui se raréfiaient en milieu naturel : choucas des tours, effraie des clochers, martinets, chauve-souris, faucons... Les formes architecturales convenaient à cet accueil : greniers, soupentes, chêneaux, ornementations, cheminées, balcons, pigeonniers, volets, puits, de même que les matériaux : torchis, pierre, bois, tuiles... En effet, l'ensemble de ces détails présentaient des interstices, des fentes, des cachettes qui étaient aussitôt investies. Mais il ne suffisait pas de trouver un espace de nidification pour survivre, il fallait également à proximité trouver un espace de nourrissage, le lot d'insectes volants quotidiens, les graines, les invertébrés du sol... donc il fallait aussi des espaces de nature de qualité à proximité au coeur de la ville ou à sa toute proximité, ce qu'offrait couramment la ville jusqu'à la moitié du XXè siècle.

  • Aujourd'hui, les capacités cavernicoles du bâti sont en récession. Les matériaux utilisés comme le béton, le verre ne présentent plus d'interstices, les toits de tuiles sont remplacés par des toitures terrasses gravier, et les formes architecturales prennent la précaution d'exclure toute accueil animal. On ferme les clochers et les caves. On enlève les nids d'hirondelles. On ne supporte plus la coexistence.

  • Quant aux espaces de nature, la densification urbaine les a exclu de l'intérieur des villes ou réduits à peau de chagrin et l'étalement des villes a fait que les centres urbains en sont de plus en plus éloignés. La présence de petits jardins (et leur cortège d'espèces animales et végétales inféodées) n'est possible que dans les périphéries. Quant aux parcs urbains, ils ont vu leur surface diminuer au cours du XXe siècle (aujourd'hui cependant les villes veulent généralement augmenter leurs espaces verts et peuvent mener des politiques volontaristes dans ce sens).

  • On notera notamment le faible taux d'espaces arborés en ville, alors que ce sont les espaces coeur de nature par excellence, avec les zones humides, malheureusement souvent polluées dans les villes du Nord-Pas-de-Calais.

  • Les habitats naturels urbains disparaissent et avec eux une faune et une flore spécifique, qui ne trouvent pas d'autres refuges : Hirondelle de fenêtres, Moineaux domestiques, Verdier d'Europe, Paon du jour, Carte géographique, Ecaille de tortue, abeilles, Crapaud commun, Grenouille verte...

  • D'autres espèces plus généralistes, capables de s'adapter à des conditions fluctuantes et changeantes, très invasives sont devenues nos fréquentations quotidiennes. Sans prédateurs et sans concurrence pour les ressources, elles sont appelées à prendre une place trop importante, trop dominante : pigeon, étourneau sansonnet, pie, merle, rats...

4. Autre facteur de fragilisation de la biodiversité : des espaces verts urbains conçus comme de simples décors verts et non pour leur fonction d'accueil du vivant.

 

  • N'étant pas conçus en fonction d'un milieu naturel référent (cf, notre rubrique typologie des milieux naturels), les espaces verts urbains sont souvent de véritables décors verts, d'aucune utilité à la faune et à la flore locales (cf, fonctionnalité des espaces de nature). Les parcs ne ressemblent pas à des milieux forestiers, les squares ne ressemblent pas à des milieux intermédiaires, les gazons sont tous sauf des prairies, les bassins sont très éloignés des zones humides et les bâtiments ne ressemblent plus à des milieux de rocaille de substitution (cf notre rubrique typologie des milieux urbains de substitution).

  • Sans espaces forestiers, pas de bois mort, pas d'arbres sénescent, pas de feuilles mortes, pas de renouvellement de l'humus, pas de pics épeiche ni de grimpereaux, ni d'éperviers, d'écureuils, de hiboux, de chouettes hulotte...

  • Sans espaces de prairie, pas de lapins, pas de fouines, de faucons crécerelle, de paons du jour, de syrphes, d'abeilles, de musaraignes, de chouettes effraie...

  • Sans espaces intermédiaires de type arbustif, pas de fauvettes, de rossignols, de rougegorges, de troglodytes mignon, de chardonnerets, de bergeronnettes, de mésanges, de pouillots fitis...

  • Sans espaces de rocaille, pas de rougequeues, de choucas, de lézards des murailles, de chauve-souris...

  • Et, sans espaces humides, c'est l'ensemble des espèces précitées qui ne peuvent survivre, auxquelles se rajoutent les espèces typiques des milieux aquatiques.

  • Il faut cependant noter la mise en place dans la dernière décennie, et notamment en région, de politiques de gestion des espaces verts publics urbains en faveur de la biodiversité par des communes volontaires : la gestion différenciée (cf, mission gestion différenciée)