En ville, des habitats naturels

     et des espèces autrefois banals,  

         disparaissent.

  1. Des habitats naturels communs disparaissent sous nos yeux, espaces ou formes de vie qui servent de ressources et de refuges notamment à l'entomofaune (insectes) qui est un des premiers maillons des chaînes alimentaires. Parmi ces habitats naturels : les zones humides, les prairies, les espaces forestiers, la rocaille, les haies, mais aussi le bois mort ou tout simplement les orties !

  2. Ainsi, des espèces considérées comme banales en ville ou en milieu de vie de l'homme, disparaissent également. Il ne s'agit pas de l'ours blanc ou de la baleine mais d'une biodiversité ordinaire, de proximité comme les hirondelles de fenêtre, le moineau domestique, le crapaud commun, les chauve-souris, le hérisson, l'effraie des clochers et autres rapaces, et la liste se poursuit.

 

1. Des habitats naturels communs disparaissent sous nos yeux, espaces ou formes de vie qui servent de ressources et de refuges notamment à l'entomofaune (insectes) qui est un des premiers maillons des chaînes alimentaires. Parmi ces habitats naturels : les zones humides, les prairies, les espaces forestiers, la rocaille, les haies, mais aussi le bois mort ou tout simplement les orties !

En 100 ans, les zones humides qui représentaient 30% du territoire régional ont été ramené à 1% de ce même territoire.

La disparition de ces zones humides est due à l'urbanisation, à l'agriculture intensive mais également à des grands travaux d'aménagements du territoire comme l'assèchement de marais (plaine de l'Aa par exemple) ou à la canalisation de fleuves et de rivières qui n'ont plus leurs zones d'expansion de crue naturelles (Escaut par exemple). Parallèlement, l'exploitation industrielle de la région a amené la création de nouveaux types de zones humides avec les étangs d'affaissement minier par exemple (comme la Mare à Goriaut).

En ville, généralement on a canalisé des rivières et leurs berges sont minéralisées. Non seulement elles ne présentent plus la végétation aquatique, les reliefs en pente douce, le système racinaire de grands arbres de bords d'eau (aulnes glutineux, saules) dans lesquels poissons, oiseaux, batraciens pouvaient se reproduire mais de plus, les rares mammifères en présence ne peuvent plus venir boire sans risquer de se noyer.

Elles ont également reçu longtemps sans précaution les rejets industriels ou ménagers. Leurs eaux souvent ne présentent plus les qualités biologiques qui permettent une vie diversifiée.

Par ailleurs, dans des villes anciennes, on trouvait encore voilà 50 ans des réseaux de mares ou de fossés. Nombre d'entre eux ont été comblés aujourd'hui, pour gagner de la place, avec les nouveaux besoins de parking par exemple, chez les particuliers.

Tous les insectes , invertébrés et micro organismes liés aux milieux aquatiques et premiers maillons de larges chaînes alimentaires ont vu leurs populations s'effondrer avec la disparition de leur milieu d'accueil : libellules, trichoptères. Leurs prédateurs, ont vu leurs conditions de vie, de fait, se dégrader et entraîner leur propre disparition : crapaud commun, grenouille verte, triton, hirondelle des fenêtres, chauve-souris, hérisson, tous très grands consommateurs de cette micro faune.

Autrefois présents en ville, ces populations animales ont quasi disparu sauf  à rencontrer localement des initiatives qui leur sont favorables. Comme pour le martin-pêcheur qui a besoin de berges terreuses hautes pour creuser son nid, ou le foulque macroule, le grèbe huppé, le colvert… qui nidifient dans des plantes hautes de bords d’eau que sont les roseaux, joncs, iris, massettes… Tous ont démontré déjà leur capacité de subsistance en milieux urbains. On devrait pouvoir les voir mieux s'y épanouir...

 

En ville, les prairies ont souvent disparu en raison d'une volonté de contrôle du végétal  dont la spontanéité effraie et l'on a vu se développer à l'envie des hectares de gazon ras.  Or, certaines espèces végétales ne peuvent s’exprimer lorsque les espaces font l’objet d’un entretien trop intensif (tonte et fauche). Sur l'ensemble de nos territoires, les surfaces dédiées aux prairies sont notamment très réduites par rapport au début du XXè siècle, ce qui condamne tout un lot de plantes printanières ou estivales qui ne voient jamais le jour, et avec elles le lot d’insectes et d’animaux qui leur sont inféodés. Des efforts sont faits aujourd’hui en matière d’entretien écologique des espaces publics en ville notamment avec la mise en place de la gestion différenciée des espaces verts (cf, mission gestion différenciée) de certaines communes, ou de bord de routes. Cette gestion nous fait redécouvrir de nouveaux paysages urbains, parsemés de prairies hautes. Leurs fauches se font une ou deux fois l’an, ce qui laisse le temps  aux plantes de prairies de réaliser leurs cycles naturels. Parmi les belles endormies qui se réveillent ainsi, on retrouve notamment des d’orchidées mais aussi des fleurs toutes simples comme la carotte sauvage, l'achillée mille-feuille, la grande berce, le bouillon blanc. Et ainsi, paradoxalement, c'est en ville que les apiculteurs peuvent récolter le meilleur miel, au regard du moindre usage d'insecticides et de pesticides dont par ailleurs pâtissent les zones agricoles.

 

En matière d'espaces forestiers, la région dispose du plus petit taux de boisement national (soit 6% !!). Ce qui incite à regarder, en ville, comme à la campagne, le plus petit arbre ou bosquet avec le plus grand respect. La faune qui y trouve refuge (pic-épeiche, grimperau...) y est en sursis !!

 

Les milieux de rocaille de substitution en ville ont diminué depuis le siècle dernier, alors que le minéral s'est particulièrement dévelopé. Il existe en effet en milieu naturel un besoin en cavités minérales (trous en falaises, grottes, tas de pierres...) que la faune avait remplacé en ville par celles liées à l'habitat de l’homme. Trous et failles dans les murs, niches dans des éléments d’ornementation de façades, espaces sous les tuiles…Or, aujourd’hui, les constructions neuves présentent moins de prises. Lisses et plates, elles ne répondent à ces fonctions. Par ailleurs, les milieux de rocaille naturels sont très largement végétalisés et ce qui n'est pas le cas de notre bâti urbain, qui donc a perdu les qualité d'un milieu de rocaille de substitution.

 

Ce n'est pas tant que la quantité de haies ait diminué en ville, mais leur qualité s'est considérablement dégradée. Il suffit pour cela de regarder les entrelacs de petits jardins, les zones industrielles ou les squares urbains tous entourés de haies de petits conifères (thuyas) ou d'arbustes au feuillage persistant (laurier horticole, aucuba, cotonéasters...). Mais ces plantes ne sont pas régionales, elles n'existent pas toujours à l'état sauvage (sont donc parfois le résultat d'une sélection génétique) et donc sont rarement utiles à la faune locale. Les invertébrés par exemple ont du mal à décomposer leurs feuilles et leurs bois, auxquels ils ne sont pas adaptés. Les oiseaux n'y trouveront pas les graines ou les baies desquelles ils se nourrissent. Leur floraison n'apportera pas de quantité de pollen suffisante... A ces arbustes ornementaux, il faudrait préférer les arbustes bocagers, ceux qui forment les haies des territoires ruraux, adaptés à la faune et à la flore locales, qui constituent véritablement les ressources pour des haies vivantes : prunellier, aubépine, noisetier, fusain, églantier, bourdaine, charme ou saule têtards...

 

Autres habitats naturels en voie de disparition notamment en ville, le bois mort et les cavités naturelles. Le premier est un milieu vital car ressource d'un des premiers maillons des chaînes alimentaires : les insectes se nourissant de bois mort et/ou vivant (insectes xylophages) ou strictiment de bois mort (insectes saproxylophages), qui ont pour mission depuis la nuit des temps, de décomposer ce bois mort, de le transformer en humus, comme ils le font en milieu naturel. Or, que ce soit dans les bois, les parcs urbains ou dans les jardins des particuliers, les pratiques d’entretien des espaces amènent à abattre les arbres morts ou à ramasser les branchages tombés à terre, à ne rien laisser traîner. Alors qu’on peut laisser un simple tas de bois bien rangé dans un coin qui ne donnera pas une allure de laisser-aller et qui remplira parfaitement cette fonction écologique indispensable. Pour autant, il faut reconnaître qu’aujourd’hui les responsables de gestion des espaces verts ou des espaces forestiers, prennent cet élément en compte. Vos promenades vous amèneront à croiser tas de bois, troncs d’arbres débités mais laissés sur place ou encore bois mort sur pied. Vous saurez que c’est volontaire et n’hésitez pas à faire de même chez vous. Les cavités naturelles, on les trouve dans le bois justement, et surtout dans les arbres. Elles apparaissent naturellement au cours du processus de vieillissement avec la perte d’une branche, ou l’apparition d’un nœud mais elles sont aussi favorisées par le travail permanent des oiseaux qui piquent avec leur bec pour se construire un nid (les pics) ou à la recherche des insectes comme des larves par exemple et par le travail de ces dernières qui se faufilent dans toutes les failles de l'écorce. Ce traitement agrandit inlassablement les petits interstices qui apparaissant sur les parties mortes d’un arbre, par ailleurs en pleine santé, mais dont la ramure se renouvelle naturellement.

 

La chasse à l'ortie dans nos jardins et nos espaces verts entraînent la fragilisation de plusieurs espèces de papillons qui sont totalement dépendantes de ces plantes dans lesquelles elles se reproduisent. En ville, cette plante est presque pourchassée, et là encore, par ricochet, ce sont ces papillons qui en sont exclus. Les friches constituent le plus souvent les rares espaces qui peuvent encore leur offrir cet accueil et sur lesquels on trouvera alors le paon du jour, le machaon et la carte géographique par exemple.

 

2. Ainsi des espèces considérées comme banales en ville ou à proximité de l'homme, disparaissent également. Il ne s'agit pas de l'ours blanc ou de la baleine mais d'une biodiversité ordinaire, de proximité comme les hirondelles de fenêtre, le moineau domestique, le crapaud commun, les chauve-souris, le hérisson, l'effraie des clochers et autres rapaces, et la liste se poursuit.

Par exemple, les populations d'hirondelles des fenêtres ont chuté de plus de 80% en quinze ans car leurs nids (qu’elles construisent en petites boulettes d’argile à l’angle des fenêtres) ont été en grande partie détruits par des habitants qui ne voulaient plus de cette promiscuité. C’est également dû, notamment dans les villes, aux sols artificiels (bitume, pavés…) qui recouvrent les rues, trottoirs et places, et qui ne permettent pas que se forment des flaques de boues dans lesquelles cet oiseau va prélever sa matière première de construction, garantie éco-matériau. Enfin, la disparition progressive des mares, étangs, petites zones humides qui apportent leur cortège d’insectes, prive de nombreux oiseaux, comme les hirondelles, d’une nourriture de choix.

Le crapaud commun, la grenouille verte... sont en voie de disparition en région et ont quasi déserté les milieux urbains, alors que voilà quelques dizaines d'années, des réseaux anciens de mares avaient permis qu'ils s'y maintiennent. La disparition de ces zones humides est la principale raison de leur raréfaction ainsi que les obstacles qui se sont multipliés entre leur zone d'hibernation (un tas de feuille en bosquet forestier par exemple) et leur lieu de reproduction en période des amours (les mares qui ont vu leur naissance). Pour éviter les massacres que ces micro migrations engendrent sur les routes, on conçoit désormais des crapauducs ou on interdit la circulation quelques jours sur certaines voieries.

Le moineau domestique a vu ses populations diminuer de plus de 60% sur les 20 dernières années (certains chiffres sont beaucoup plus alarmants). Ce petit animal cavernicole, dont le voisinage est pour nous une habitude ancrée, pourrait très bien ne plus accompagner nos trajets quotidiens. On évoque entre autres la diminution de l'offre de graines (surface de gazon en lieu et place de prairie, haies horticoles au lieu des haies bocagères) et d'habitats carvernicoles, ainsi que la concurrence d'autres espèces urbaines (pigeons notamment).

Les abeilles et autres insectes pollinisateurs voient également leurs populations s'effondrer. Parmi les principaux responsables, on désigne les insecticides. Ensuite, la diminution de surface des prairies qui offraient leurs tapis de plantes nectarifères, locales, adaptées à l'entomofaune de notre région est aussi considérée comme une cause de leur disparition. L'introduction de nombreuses plantes horticoles, ou d'espèces végétales non adaptées aux besoins des espèces animales locales conduit aussi à leur raréfaction (citons notamment les thuyas, aucubas, lauriers horticoles fréquemment utilisées dans nos parcs et jardins).

Les chauve-souris (19 espèces en région dont les 2/3 environ peuvent s'être adaptées au milieu urbain) sont toutes menacées. L'accès aux caves qui sont pour elles des lieux d'hibernation est rendu de plus en plus difficile (grillage), les toitures en tuile se raréfient alors qu'elles leur permettaient de développer, entre la tuile et l'ossature bois, des espaces de nidification. Elles sont également victimes de certains traitements chimiques du bois et des matériaux et enfin, la diminution du volume global d'insectes volants (en raison de la disparition des zones humides et des espaces végétalisés) réduit considérablement leurs ressources alimentaires.

Autre exemple, l’effraie des clochers, plus courante en milieu rural (mais milieu rural habité) niche dans des constructions couvertes comme les clochers. Elle voit également son habitat disparaître. Grillages ou fermeture empêchent désormais souvent l’accès à ces refuges or ces protections sont la plupart du temps mises pour empêcher des invasions de pigeons. L’effraie en pâtit la première, alors qu’il est possible d’aménager des passages « sélectifs » qui laissent à l’extérieur les indésirables. De plus, pour que ce magnifique rapace puisse s’établir, il lui faut trouver à proximité un terrain de chasse adapté. Elle ne chasse pas en forêt comme certains de ses cousins, il lui faut trouver des prairies ouvertes dans lesquelles courent les campagnols et les lérots. Malheureusement, les champs cultivés par une agriculture intensive, n’offrent plus à ces petits mammifères, le gîte et le couvert nécessaires. Ils n’y trouvent pas de haies pour s’abriter, d’insectes ou de graines à dévorer en raison des traitements chimiques utilisés et donc pas de possibilité de vivre. Et par ricochet, c’est l’ensemble de la chaîne alimentaire qui en est affectée, donc l’effraie, mais bien d’autres de leurs prédateurs également. Les rapaces nocturnes (hiboux moyen duc, chouette hulotte...) sont particulièrement fragilisés. Ils avaient leur place en ville, en milieu moyennement dense type périphérie urbaine, malheureusement on les y rencontre de moins en moins alors que leur qualité de prédateur pourrait servir à réguler notamment des espèces invasives dont nous nous plaignions. Quelques fois, le long des cimetières urbains, on entend encore hululer la chouette hulotte.

 

Les listes des espèces et des habitats naturels en raréfaction, quelques fois en disparition, est longue. Le Muséum National d'Histoire Naturelle (www.mnhn.fr) comme l'UICN (www.uicn.fr) sont parmi les référents scientifiques qui les tiennent à jour. Si, chaque fragilisation d'espèce est un cas particulier, les raisons de ces états de faits sont partout semblables, liées à nos modes de vie, d'exploitation et d’occupation du territoire.