Développer l'utilité

                 écologique

                         des espaces urbains

                               pour la faune et la flore

  1. Chaque typologie d'espace naturel présente une multitude de fonctions spécifiques pour la faune et la flore qui en dépendent: ce sont leurs utilités écologiques. Les espaces verts qui ne disposent pas de ces caractéristiques ne servent à rien pour la faune et la flore locales car les conditions de reproduction et de nourrissage de la vie naturelle ne sont plus réunies.

  2. C'est vrai pour les espèces végétales qui ont des besoins et des cycles propres.

  3. Et c'est encore plus exigeant pour les espèces animales en fonction de l'ensemble de leurs besoins de reproduction, de nourrissage, de déplacements...

 

1. Chaque typologie d'espace naturel présente une multitude de fonctions spécifiques pour la faune et la flore qui en dépend. Ce sont ses utilités écologiques. Les espaces verts qui ne disposent pas de ces caractéristiques ne servent à rien pour la faune et la flore locales car les conditions de reproduction et de nourrissage de la vie naturelle ne sont plus réunies.

 

  • Au sein de chaque milieu naturel de référence chaque caractéristique (ensoleillement, ombrage, relief, espèces végétales en présence, humidité, cavités, matière organique en décomposition, hauteurs, âges et diversité des végétaux...) a une fonction propre utile à une faune qui dépend justement de ce milieu.

  • Rien n'est inutile et en l'absence de l'une ou l'autre de ces caractéristiques, ce sont des chaînes alimentaires entières qui disparaissent (exemple de l'absence de bois mort au sol ou sur pied dans nos parcs urbains).

  • Un espace ne sert à rien pour la faune et la flore si les fonctions propres à son milieu naturel référent ne sont pas assurées, ce qui est le cas de nombreux espaces verts urbains (et agricoles également) qui présentent des gazons ras, quelques malheureux arbres isolés, ou des massifs de plantes horticoles ou exotiques, non présentes en milieux naturels régionaux.

  • Pour éviter cela, les espaces verts urbains doivent tendre vers leurs milieux naturels référents : avec une flore régionale (plantes, arbustes et arbres) diversifiée, d'anciennetés différentes, avec la présence de nombreuses strates végétales et de biotopes (arbres de haute tige, arbustes, strates herbacée, strates grimpantes, milieux de rocaille, zone humides) sur un même espace et la présence de l'ensemble des typologies de milieux naturels de substitution à l'échelle du territoire. C'est vrai pour l'ensemble de nos espaces, il faut y laisser croître la flore indigène, régionale, locale. Un simple exemple, les toitures végétalisées qui voient leur surface considérablement augmenter en ville mais qui sont mises en oeuvre avec des plantes horticoles, peu utiles à la faune locale. Quelle perte !

  • Par ailleurs, les phytosanitaires chimiques (pesticides, insecticides) affectent très profondément l'utilité écologique des espaces (là où il n'y a plus d'insectes, ni de végétaux spontanés il n'y a plus de chaîne alimentaire donc plus d'oiseaux ni de vie...). Des tontes et tailles non respectueuses des cycles naturels (floraison, fructification) interrompent également l'utilité écologique des végétaux pour les animaux qui s'en nourrissent, qui utilisent leur matériaux pour leur reproduction ou s'y reproduisent directement... Cet entretien intensif empêche également l'expression végétale. Un entretien "trop propre et trop net" nuit également à la fonctionnalité écologique des espaces : pas de bois morts, pas de feuilles mortes, pas de végétation spontanée, pas de boue, de flaques... et nous voilà en milieu artificiel. Enfin, des espèces végétales non adaptées (horticoles ou exotiques) ne font plus office que de décor vert, dans laquelle la vie animale ne viendra plus se nicher ou se nourrir.

2. Qu'est-ce qui est utile à l'univers végétal ?

  • introduire des essences végétales régionales,

  • diversifier les caractéristiques du milieu accueillant : - de grands et de petits arbres d'espèces et d'âges différents - toutes les hauteurs de plantes ainsi que les plantes grimpantes - les plats, pentes et trous au sol - des zones d'ombres et des zones de soleil - de la rocaille - de la matière organique morte en abondance (bois mort, feuilles mortes...)

  • proscrire définitivement les produits chimiques,

  • respecter les cycles de reproduction pour la taille, la fauche ou la tonte, afin de permettre l'enracinement et la réalisation du cycle naturel jusqu’au bout : graine, germe, plantule, plante, fleur et pollen pour la plupart, et fruit, baie, graine...

  • privilégier les associations végétales utiles, complémentaires les unes par rapport aux autres (lutte biologique par exemple ou encore plante haute qui va servir de support à une plante grimpante, ou qui va faire de l'ombre à une autre un peu trop sensible au soleil...);

  • s'assurer d'une terre profonde, drainée, pas trop argileuse, aérée, renouvelée naturellement (par la matière organique en décomposition), bref une terre vivante pleine d'insectes, d'invertébrés, de lombrics, de systèmes racinaires de micro organismes, de sels minéraux...

  • permettre la reproduction spontanée des végétaux avec la pollinisation, la fructification, le développement des stolons, des rhizomes… grâce aux insectes pollinisateurs ou au vent, et à tout ce qui peut être support de déplacement passif ou actif et qui doit être présent (mammifères, oiseaux, eaux de ruissellement, etc...). c'est la prise en compte des échanges écologiques végétaux qui eux aussi doivent avoir leur corridor écologique.

  • réduire les plantes invasives comme la renouée du japon qui s'installe et se développe en "chassant" les autres plantes.

 

3. Comment être utile à l'univers animal ?

Un espace urbain de substitution doit offrir les ressources nécessaires aux différents besoins d'un animal comme le ferait le milieu naturel dont il est issu : nourrissage, repos, reproduction, hibernation, déplacements...

Pour décrire ces fonctionnalités, regardons encore une fois ce qui se passe en milieux naturels.


En milieu urbain comme ailleurs, pour la faune, un territoire de vie, c’est celui qui répond à tous les besoins. On voit bien que toutes les espèces animales ont besoin de trouver plusieurs types de milieux sur leur territoire de vie. Si un territoire donné n’offre pas à une espèce l’ensemble des fonctions qui lui est nécessaire (nourrissage, reproduction, repos, déplacements…), il ne peut l’accueillir et l’espèce en question part. Lorsqu’elle ne trouve pas ailleurs d’autres milieux hospitaliers, son nombre décroît et elle peut disparaître. Certaines espèces ont donc besoin d'un large territoire pour réunir toutes ces fonctionnalités (peut-on ainsi mesurer la taille du territoire des oiseaux migrateurs ?), ne serait-ce que pour le hérisson, on parle de plusieurs hectares (et sûrement pas d'un petit jardin s'il n'est pas relié au reste du territoire).

1. Qu'est-ce qui fait nourriture :

Partout, en tous lieux, ce qui fera nourriture sera issu de la matière organique végétale (morte ou vivante), et de la matière organique animale (morte ou vivante). Mais par typologie de milieux, les ressources seront différentes, et par conséquent les chaînes alimentaires et les espèces. Ce qui définira les premiers maillons de ces chaînes alimentaires entraînera toute la suite, et ce de façon caractéristique par milieu. C'est donc la biomasse végétale caractéristique de chaque milieu tout d'abord, et son lot d'insectes inféodés qui déterminera les menus alimentaires propres à chaque milieu.

En milieu forestier, par exemple, une grande partie de cette ressource végétale est issue du bois mort (un régal pour les insectes dévoreurs et micro-organismes décomposeurs de bois, eux-mêmes festins d’autres prédateurs). En ville, il faut laisser en place ces éléments végétaux en fin de cycle, afin qu'ils jouent pleinement leur rôle dans les chaînes alimentaires. Les feuilles des arbres et arbustes, des plantes de sous-bois et de plantes grimpantes d’une forêt de feuillus sont une ressource importante également, encore faut-il qu’elles soient diversifiées, issues d’arbres d’espèces et de hauteurs différentes (soit d’âge différents)  et de variétés locales. Tout ensuite est utile, l'écorce, le pollen, les mousses... et ensuite, la faune végétarienne sera elle-même proie d'une faune carnassière... Et l'une des sources de nourriture importante est notamment les insectes, les larves, c'est à dire l'ensemble des invertébrés.

En milieu bocager, intermédiaire, ce sont les baies et graines des arbustes qui sont une ressource alimentaire importante pour la faune, de même que leur feuillage et leur bois. Ainsi, il ne faut pas de taille qui empêche la fructification, et seuls des arbustes bocagers (toujours issus du terroir) pourront servir à volonté les fruits et graines, à chaque saison de l’année. Là encore, la complémentarité avec une strate herbacée est nécessaire pour diversifier l’offre de ressources alimentaires (et de nidification, de repos, de déplacements…).

En milieu ouvert de type prairial, ce sont les plantes qui font office de réserve alimentaire, pour les mammifères herbivores, mais aussi pour les invertébrés, les oiseaux. Leurs feuilles, leurs graines sont recherchées de même que leur nectar (pour d’autres motivations, certes). Il faut donc leur permettre de faire l’entièreté de leur cycle naturel.

En milieu humide, cela peut aller de la rosée préservée dans la feuille d’une plante comme le cabaret des oiseaux (cardère) ou le creux d’un arbre, à la mare, l’étang, la rivière…là encore, tout est nourriture et boisson : eau, plantes, plancton, invertébrés…Il est donc important de préserver des berges à pentes douces pour accéder à la ressource en eau en évitant tout risque de noyade pour la petite faune.

Enfin, en milieu de rocaille, ce sont essentiellement les plantes, insectes et reptiles qui serviront de nourritures aux hôtes de ces lieux. On vient quand même plutôt y rechercher des espaces de reproduction et de refuge.

Par exemple, l’espace de nourrissage du hérisson est l’espace qui lui apportera sa nourriture quotidienne, ce qui peut sur la durée d'une année, recouvrir plusieurs hectares. Un tas de compost, par exemple, peut être une source alimentaire importante pour cette espèce avec son lot d'invertébrés décomposeurs mais elle restera largement insuffisante, elle participera simplement des ressources de ce petit mammifère.

Les insectes volant au dessus d’une haie de quelques dizaines de mètres de long présentent un source de nourriture certaine pour des chauve-souris ou des hirondelles.

Pour le héron, sa pêche quotidienne s’effectue dans un réseau d’étangs et de mares qu’il fréquente et au sein desquels il peut se tenir debout, visant sa proie avec son long bec.

Enfin, les espèces carnassières selon leur mode de chasse doivent pouvoir guetter pour observer et attaquer leur proie. Certaines choisissent le piège, comme l’araignée mais d’autres sont tapies ou en retrait pour attaquer : le poteau, la barrière le long d’un champ permet d’observer les petits mammifères qui traversent une prairie.

Et d’autres espèces qui cherchent au sol leur repas d’invertébrés ou de graines, ne s’aventureront jamais loin d’un bosquet ou d’une haie dans lesquels elles trouveront refuge au moindre bruit.

2. De quoi est constitué un lieu de reproduction ?

Ce sont les espaces où l’on fait son nid, son terrier, où l’on fraye. Dans l'eau comme en sous-sol, au sol, dans des arbustes, des arbres, des cavités artificielles ou naturelles... chacun aura son mode de reproduction adapté. Certaines espèces construisent cet espace : du bois, des brindilles, de la boue, de la mousse sont ainsi nécessaires. D’autres profitent d’une cavité naturelle ou d'un nid abandonné. D’autres creusent… Ces espaces sont d’une diversité infinie. Tout recoin,  tout espace de tranquillité et de camouflage, à l’abri des intempéries ou des prédateurs, avec de faibles variations de température, est potentiellement un lieu de reproduction d’une espèce, en fonction de sa taille, de son mode de déplacement, de son milieu d'origine et des ressources avoisinantes.

En milieu forestier, il faut laisser sur pied des arbres morts (sénescents) qui deviennent des refuges pour les pics, les mésanges et autres oiseaux cavernicoles. Le relief d’un tronc, la tendresse d’un bois, la densité d’un fourré, un bord d'eau végétalisé facilitent l’élection du lieu de ponte pour un oiseau, un batracien, un reptile ou un poisson ou de mise bas pour un mammifère.

En milieu intermédiaire, arbustif, pour qu’un oiseau niche dans une haie ou dans un fourré (fauvette, rouge-gorge, merle, bergeronnette…), il faut que la végétation soit bien dense, épaisse, qu’elle le protège de ses éventuels prédateurs, qu’elle le rende invisible.

En milieu prairial, la diversité de hauteur des plantes permettra la construction d'un cocon accroché à une tige ou d'un nid au sol ou un encore un simple cailloux abritera une fourmilière. Une déformation de tige ou la feuille d'une plante enroulée sur elle-même indiqueront la présence d'une chenille ou d'une larve à naître. Un trou dans le sol grâce à un relief indiquera un terrier de mammifères ou d'insectes, selon sa largeur.

En milieu de rocaille, ce sont les interstices, les cavités qui accueilleront la nidification des oiseaux cavernicoles, facilement repérables aux traînées de fientes blanches qui s'en échappent.

En milieu aquatique terrestre, si la berge en pente douce est nécessaire au nourrissage, son pendant qui apparaît dans les méandres des rivières est la berge haute terreuse, prise quelques fois dans un entrelacs de racines arborescentes qui la soutienne. Ces berges hautes terreuses permettent à des espèces de creuser leur nid comme le martin pêcheur, ou, sur le bord d’une ancienne carrière d'argile, l’hirondelle des rivages. Certains poissons déposent leurs oeufs dans des herbes aquatiques, protégées de grandes variations de niveaux d’eau ou d’une fréquentation importante, mais pour d’autres ce sera sous une pierre immergée.

L’abeille solitaire dépose ses oeufs dans des nichoirs individuels qui se présentent comme des tunnels, tiges creuses de cardères ou trou dans du bois. Le castor construit un abri de branchage, accessible par un passage sous l’eau, pour mettre bas et élever ses petits, le faucon préférera la cavité offerte par le rocher en hauteur, le râle des genets nidifiera en milieu ouvert, la fauvette dans un fourré dense, la chauve-souris dans de larges cavités….

Enfin, toutes les espèces présentes sur notre territoire à un moment de l’année, ne se reproduisent pas forcément par ici. Elles peuvent choisir d’autres latitudes pour cela vers lesquelles elles migrent, mais auront besoin pour autant de leurs espaces de repos, de refuge, de nourrissage pendant leur présence ici…

3. De quoi est constitué un lieu de repos ?

Pendant les moments de la journée où l’on ne chasse pas, il est possible de faire la sieste par exemple pour les rapaces nocturnes dans le feuillage dense d’un résineux. Le sommeil animal n’a pas forcément lieu dans le nid ou le terrier qui sont souvent abandonnés après la période de reproduction. Certaines espèces, en dehors des périodes de nidification, retrouvent des comportements grégaires et rejoignent des dortoirs collectifs qui exigent d’importantes capacités d’accueil notamment dans les grands arbres, les fourrés (étourneaux, chauve-souris…). Un lieu de repos est donc constitué de ce qui peut faire protection (hauteur, camouflage) et tranquillité (à l'abri des prédateurs, de la lumière, du bruit...).

Et en plus, il faut trouver des espaces pour guetter, jouer, courir, nager, pour faire son apprentissage !!

4. Qu'est-ce qu'un lieu d'hibernation et qu'est-ce qu'un lieu d'hivernage?

Les lieux d’hibernation sont des  lieux qui protégeront des températures hivernales les plus basses pour des espèces qui ne migrent pas et pour autant ne survivraient pas aux abaissements drastiques de la température.

Le hérisson hiberne, sous un tas de bois par exemple, la chauve-souris dans une cave ou une grotte légèrement humide, les tritons ou les grenouilles, les crapauds dans un trou au pied des arbres, recouverts de feuilles, dans un tas de bois… Certains papillons hibernent également comme le paon du jour.

Les espaces d’hivernage sont ceux vers lesquels se déplace une espèce migratrice quand vient l’hiver et là on parle essentiellement des oiseaux.  

5. Et enfin, qu'est-ce qui est support aux déplacements.

Pour un animal, aller de l'espace de nourrissage à l'espace de repos puis à l'espace de reproduction nécessite une voie d'accés d'un lieu à l'autre. Ces liaisons appelées corridors écologiques sont indispensables au bon fonctionnement écologique des territoires, et aux mélanges génétiques. Selon les espèces, ces corridors seront de taille et de nature différentes : ils doivent offrir une continuité végétale et une stabilité de matériaux, de température, de lumière, d’humidité qui correspondent aux milieux généralement fréquentés par des espèces données. Ainsi, un corridor écologique généraliste doit notamment présenter différentes strates végétales (arbres de haute-tige, arbustes, ourlet herbeux) et un sol de pleine terre, (ce que, signalons-le au passage, ne constituent pas les arbres d'alignement).

Le crapaud se reproduit dans les zones humides et, en dehors de cette période, vit dans des espaces plus boisés. L’attrait irrésistible de l’amour lui fera traverser la distance nécessaire pour rejoindre la mare ou l’étang qui l'a vu naître. Nombre de crapauds meurent ainsi chaque année sur les voies de circulation humaines. Dans ce cas précis, le corridor écologique du crapaud est l’espace au sol qui lui permet de se déplacer temporairement et sans danger, et peut se manifester comme une interruption de circulation occasionelle.

Le détroit du Nord-Pas-de-Calais, est un corridor écologique majeur pour les espèces migratrices qui se déplacent de l’Europe du Nord à celle du Sud, ou qui vont jusqu’en Afrique. Le Cap Gris-nez sert de repère important dans les déplacements au sein de ce corridor aérien.

Une haie, un bois, un champ ouvert, tout ce qui ne fait pas obstacle et qui pour autant protège des prédateurs est un corridor écologique.

Sur des territoires hyper-fragmentés, aux espaces hostiles à la faune, la préservation et l’aménagement de ces passages sont indispensables : passages à faunes, éco-pont…

La prise en considération des trajets de petites et longues distances des animaux est indispensable à tout projet d’aménagement de territoire.

Enfin, on parle de corridors généralistes quand il s'agit de faire passer par cet espace un certain cortège d'espèces de façon à renforcer la globalité des échanges entre deux espaces.