Le plaisir et l’importance de faire ensemble

Consciente que l’implication citoyenne est une des clés des réponses à construire en faveur de la biodiversité, Entrelianes propose des démarches de re- connaissance de nos territoires de vie. Ce sont les “Portraits Nature de territoire“, outils de diagnostics participatifs des enjeux écologiques locaux.

Pour défendre, ensemble, la nature présente sur votre territoire, il est un préalable indispensable : l’observer et l’interpréter, ensemble… C’est ce que le Portrait Nature de territoire vous propose de faire. Faire un Portrait Nature n’est pas compliqué. Il y a bien quelques conditions de réalisation à respecter et quelques principes d’analyse à suivre, mais tout cela est relativement à la portée de tout le monde.

Cette démarche collective ne produit pas un inventaire scientifique de la faune et de la flore locales. Mais elle produit bien d’autres choses : une appropriation du territoire, une compréhension des enjeux écologiques et sociaux, une mobilisation pour la défense de sites repérés, des capacités de projets collectifs…

Ce sont ces apports sur lesquels nous misons avant tout pour défendre la place de la biodiversité dans l’avenir d’un territoire. Nous privilégions l’attachement, la rencontre, l’expérience et l’intelligence collective, toutes ces dimensions indispensables et complémentaires à une caractérisation scientifique. 

D’aucune façon, nous ne cherchons à opposer la validité de notre approche à d’autres méthodes portées par une expertise scientifique, technique ou encore naturaliste. Nous constatons simplement que la connaissance citoyenne d’un territoire ou encore d’usage ou encore vernaculaire (un bien joli gros mot) ou encore, tout simplement la connaissance des gens et leurs capacités d’observation et d’analyse permettent des compréhensions et des propositions particulièrement pertinentes pour ce même territoire. Nous en sommes heureux. Parce qu’habiter un territoire, c’est le toucher, le palper, le commenter, le penser, le vivre, le défendre, le parler, en prendre soin. Habiter un territoire, c’est coexister avec les autres formes de vies, végétales et animales. Et c’est bien de cela dont nous parlons et que nous partageons.

Portrait Nature de l'Union, 2012
Portrait Nature Transfrontalier Lille-Courtrai, 2013
Portrait Nature Transfrontalier Lille-Courtrai, 2013
Portrait Nature instantané de Hem, 2013
Portrait Nature de Lomme, 2016
Portrait Nature du Canal de Roubaix, 2010
Portrait Nature de l'Épeule, 2009
Portrait Nature du Fresnoy-Mackellerie, Roubaix 2007
Portrait Nature de Lille Sud, 2009
Portrait Nature du Fresnoy-Mackellerie, Roubaix 2007
Portrait Nature instantané de Lille Bois-Blancs, 2014

Observer ensemble.

C'est la dimension participative ou collective qui donne leur force aux Portraits Nature. Parce que faire l'exercice de l'observation collective, c'est permettre de croiser plusieurs regards, de poser toutes les questions bêtes qui ne le sont jamais, de valoriser toutes les formes de connaissances et de se questionner ensemble.

Il s'agira donc dans un premier temps de former un groupe projet (nombre de personnes indéfini) qui invitera largement autour de lui à plusieurs séances d'observations collectives d'un territoire donné. L'initiative peut venir d'une association, d'une collectivité, d'une maison de quartier, d'un centre social ou simplement d'un groupe de voisins. Le territoire, ce peut être le quartier, la commune, une zone concernée par un projet d'aménagement, une friche, un secteur agricole...

L'objectif de ce travail collectif est d'identifier les espaces de nature du territoire en question et de les décrire. Tout simplement. En faisant ce travail, les enjeux de préservation des espaces se révéleront.

Pour notre part, nous avons expérimenté deux formats : 

  • le Portrait Nature instantané : une visite aérienne suivi immédiatement d'un circuit d'observation.  L'idée ici est de produire rapidement un texte collectif souvent pour faire face à une situation qui exige une intervention rapide. Les recherches documentaires seront relativement limitées, il s'agit d'interpeller sur des enjeux précis dans des délais très brefs. 
  • le Portrait Nature classique : une visite aérienne et trois ou quatre circuits d'observation. Entre la première visite aérienne et la restitution publique, il faut compter environ 6 mois. 

On va d'abord localiser les espaces de nature grâce à une projection vidéo d'une vue aérienne du territoire ou grâce à son impression sur une grande carte.

Toutes et tous autour de ces images, on identifie les espaces de nature du territoire et des tas d'autres choses. L'histoire récente et quelque fois plus ancienne se révèle ainsi que les projets dont chacun a pu entendre parler. On repère ce qui peut être invisible depuis le sol. On voit où sont les espaces arborés, les espaces en friche, les grands et les petits jardins, les terres agricoles, les jardins familiaux, les chemins, les rivières, les fossés, les étangs, les prairies, les haies, les carrières, les délaissés SNCF, les berges, les friches...

Régalez-vous, partagez, rappelez-vous, suivez du doigt telle route, tel chemin, expliquez aux autres comme vous faisiez alors, enfant, pour passer par là. Racontez d'autres souvenirs, d'autres époques. Les animaux que vous croisiez tous les jours, les loisirs, comment les choses ont évolué... et surtout, notez tout. N'hésitez pas à écrire sur la carte, à faire des dessins, à mettre des post-its, à coller des images... plus vous l'aurez travaillée et donc déformée, plus elle aura de valeur !

A cette échelle, vous vous en rendez compte,  on commence à percevoir quelles sont les grandes catégories d'espaces de nature sur le territoire en question et comment ils sont reliés les uns avec les autres ou au contraire quels sont les obstacles qui empêchent la faune de se rendre de l'un à l'autre (rupture de connectivité). La vue aérienne permet cela : localisation des espaces et première estimation de leur connectivité.

C'est maintenant qu'il faut décider d'aller voir ces espaces et donc imaginer des circuits d'observation. Certains de ces espaces sont inaccessibles. On se renseigne si jamais dans l'assemblée quelqu'un.e qui connaît quelqu'un.e qui connaît quelqu'un.e... peut éventuellement permettre l'accès, l'ouverture de la porte. On cherche également des points hauts qui sont des poins d'observation privilégiés (toiture ou dernier étage d'immeuble par exemple) auxquels on pourrait se rendre en groupe. Et on décide ainsi des trajets des futurs circuits d'observation collective de terrain !

Alors, voilà, on y est. Vous allez vous retrouver devant des espaces et devoir construire ensemble une opinion sur ce que vous observez en essayant de comprendre quels rôles jouent ces espaces pour la faune et la flore de votre territoire ?

Nous vous proposons quelques clés de base pour lancer vos premières interprétations. Notre onglet "Des clés de lecture pour les Portraits Nature" vous en fait la présentation.

Avec ces clés de lecture, nous vous proposons de comparer les espaces que vous observerez avec les grands milieux naturels régionaux terrestres (milieux forestiers, humides, prairiaux, arbustifs et minéraux) et d'apprécier le niveau de correspondance entre les espaces observés et les espaces de référence. 

Plus les espaces observés s'en rapprocheront, plus leurs qualités naturelles seront grandes et plus leurs capacités d'accueil faune-flore seront renforcées. 

Vous pourrez ainsi révéler des pépites de votre territoire, tout à fait inconnues, que certainement vous avez déjà fréquentées mais que vous ne regardiez pas comme telles : des cimetières, des friches, des anciennes voies ferrées, des talus de voies routières, des parcs d'établissements scolaires ou hospitaliers, des délaissés techniques... etc 

Si on ne reconnaît pas la valeur écologique ou patrimoniale de ces espaces, un jour on apprend qu'un projet d'aménagement va bientôt prendre leur place sans aucune prise en compte des espèces en présence, des arbres, de la prairie, de la qualité du sol... Il est alors trop tard pour le défendre. 

Il est donc grand temps de répertorier vos espaces de nature et de faire reconnaître leur existence et leur valeur !

L'observation aérienne vous a révélé en creux l'emplacement des espaces de nature de votre territoire et s'ils sont plus ou moins connectés les uns aux autres. La discussion collective vous a renseignés sur le statut de ces espaces, leurs usages, les éventuels projets qui peuvent les remettre en question. L'observation collective vous a re-connectés avec ces espaces dont vous avez désormais la connaissance physique. Vous commencez à vous faire une idée de leurs qualités naturelles.

Ces observations mériteront d'être confortées par des informations que pourront vous donner votre Mairie et la Métropole Européenne de Lille (MEL) ainsi que de nombreux sites internet dont les liens sont proposés ci-dessous.

Des sites à consulter en matière d'urbanisme et d'aménagement du territoire 

Pour mieux comprendre les enjeux écologiques concernant les espèces animales et végétales présentes sur votre territoire

Ne prenez pas peur à l'évocation de cette liste d'acronymes absolument décourageante (et pourtant encore très incomplète). Il ne s'agit pas ici de devenir des techniciens du territoire, d'autres s'en chargent. Il faut comprendre simplement que pour être audibles, les observations qui vous aurez faites devront, à un moment donné, rencontrer ce langage technique et surtout ne pas s'y laisser noyer. Certains d'entre vous se chargeront alors de la traduction en les termes "entendables" par les "spécialistes" du territoire, généralement représentants des collectivités ou prestataires pour ces dernières.  Certains de ces interlocuteurs pourront sembler inaccessibles à d'autres langages que le leur, d'autres seront au contraire particulièrement attentifs et en capacité de reformuler vos propositions dans leur propre vocabulaire, celui qui acte de décisions politiques et techniques. Mais, le langage initial, celui qu'il s'agit de faire valoir ici, de révéler, de reconnaître, c'est bien le vôtre, celui de tous les jours, celui qui permet à des non spécialistes de décrire leur territoire. Pour le reste, allez jusqu'où vous le pouvez, jusqu'où vous le sentez et éventuellement sollicitez le regard et l'appui des associations locales pour renforcer votre argumentaire.

Quelques autres associations de référence sur la Métropole Européenne de Lille sur les questions de biodiversité : 

Ce n'est pas la partie la plus simple. Vous pourrez peut-être compter sur des personnes de votre groupe qui aiment ou qui savent rédiger. Et même si ce n'était pas le cas...

Il faut essayer de donner à voir une vision "cartographique" de votre diagnostic. Si vous ne maîtrisez pas les logiciels cartographiques, une vue aérienne imprimée sur laquelle vous aurez gribouillé, pris des notes, fait des tâches de couleurs pour les espaces de nature et leurs corridors... peut être suffisante pour vous faire comprendre. 

Ateliers cartographiques Portrait Nature de Douai avec les étudiants en Master Ecodev de l'Université de Lille

Il va falloir une note d'accompagnement, présentant votre groupe et ses intentions, faisant la liste de vos réunions collectives et de vos circuits d'observation et résumant vos principales conclusions. 

Il vous faudra faire la liste des espaces visités et donner avec vos mots une appréciation de leurs qualités écologiques et de leur connectivité.

Enfin, il vous faudra également  faire une liste de projets ou d'actions qu'il serait possible de faire pour améliorer encore cela et protéger ce qui doit être protégé. 

Encore une fois, à ce stade, les associations peuvent vous être d'une grande aide. 

Vous aurez certainement dans votre groupe, des personnes à l'aise avec l'infographie et qui seront ravies de vous aider à mettre en page tout cela et à réaliser vos cartographies.  Il faut vraiment comprendre que rien n'est plus parlant qu'une carte ou une vue aérienne commentée ou même un dessin.

C'est un des moments clés de votre travail collectif.

Il s'agit de présenter ce travail à un groupe élargi afin de partager votre vision du territoire et des projets qu'il est nécessaire de mettre en oeuvre. 

Selon votre degré d'avancement, selon vos intentions initiales, vous pourrez restituer à une assemblée générale d'association, à un groupe de voisins, à un conseil de quartier, à une commission de conseil de quartier ou de conseil municipal, à un groupe de travail mobilisé autour d'un projet, à une groupe inter-associatif, à une fête des associations ou à une fête de quartier ou encore lors d'un événement que vous organiserez spécialement. 

Il peut être important d'inviter des élus locaux, des techniciens de la collectivité, des représentants associatifs, la presse...

Plus large sera cette assemblée de restitution, plus intéressant sera le débat qui en découlera et plus les projets énoncés auront la chance de voir le jour. 

Car la discussion fait partie de l'ordre du jour de votre restitution. Il faut que la salle réagisse, que les personnes présentes commencent à se positionner sur vos propositions. 

Grande question ! Tout dépendra de vos conclusions, de vos intentions, de ce que vous aurez décidé à l'issue de ce diagnostic : 

  • faire classer certains espaces au Plan Local d'Urbanisme de façon à les protéger ? 
  • influencer un propriétaire pour qu'il évolue dans la façon de gérer ses espaces?  
  • faire évoluer la gestion des espaces verts de la commune ? 
  • empêcher des terres agricoles d'être urbanisées ? 
  • faire évoluer un projet de construction ? 
  • empêcher la disparition d'une friche ou d'un parc privé ?
  • améliorer la cour de l'école ?
  • améliorer la qualité écologique des jardins du quartier ? 

Vous comprenez bien que ces différents objectifs ne s'adressent pas tous aux mêmes interlocuteurs et ne mobiliseront pas la même énergie ni les mêmes argumentaires... Quoi qu'il en soit, vous voilà partis pour un projet de quelques années dont une des clés de succès sera vos capacités collectives à partager ce projet et à le faire comprendre à de multiples interlocuteurs très différents les uns des autres. 

Pour cela, nous vous invitons, entre autres, à refaire régulièrement avec eux les circuits d'observation collective que vous avez initiés. Il n'y a généralement pas de meilleur argumentaire.