Retour sur 15 années de prospection collective métropolitaine

Nous souhaitons partager les synthèses des différents Portraits Nature que nous avons déjà réalisés sur la Métropole Européenne de Lille. D’autres sont encore en cours. 

Depuis 2006, nous avons effectué près d’une quinzaine de Portraits Nature sur la Métropole, qui ont réuni au final des centaines de personnes. A chaque fois, nous avons fait valoir des principes de trame verte et bleue locale, en soutenant la reconnaissance d’espaces de nature méconnus, la mise en lien de ces espaces via des corridors écologiques urbains ou péri-urbains, leur protection dans les documents d’urbanisme et leur valorisation. Ces Portraits Nature nous ont permis de parcourir, d’arpenter, de prospecter, d’interroger la réalité observée, l’histoire des lieux et les projets qui aujourd’hui peuvent les remettre en question.

Nous avons animé des dizaines de balades nature dans des lieux improbables.

Nous avons rédigé également de nombreuses contributions à des enquêtes publiques et des interpellations pour faire valoir localement les observations collectives réalisées et les principes de la trame verte et bleue irrigatrice.

Si vous souhaitez connaître les grands traits des observations collectives qui ont ainsi été menées, nous vous présentons ci-dessous une petite synthèse des enjeux identifiés lors de chacun de nos Portraits Nature, réalisé avec de nombreuses associations et habitants de ces territoires. Vous trouverez également des documents à télécharger, des références, des liens…

Nous continuons d’animer de nouveaux Portraits Nature. Sont en cours celui de Lille Centre et celui de Templemars, qui trouveront bientôt leur place ici. 

Pour la facilité de votre lecture, nous avons regrouper les synthèse de nos Portraits Nature en deux zones d’intervention privilégiées : autour de Roubaix et autour de Lille. Demain, avec celui de Templemars, s’ouvrira une série sur les territoires agricoles. 

Alors nous vous souhaitons un bon voyage en métropolitanie à la découverte de ces Portraits Nature

 

Autour de Roubaix

Quartier Fresnoy-Mackellerie, quartier Epeule-Alouette-Trichon, quartiers Est roubaisiens, Canal de Roubaix, quartier de l'Union, voie ferrée Lille-Courtrai

En 2007, avec le Comité de Quartier Fresnoy-Mackellerie, nous avons entamé le premier Portrait Nature d’une longue série. Et nos observations collectives firent valoir des conclusions qui trouvent leurs marques aujourd’hui dans l’aménagement de la Ville. C’est en effet lors du premier Portrait Nature de Roubaix, à savoir celui du Fresnoy-Mackellerie, que fut identifié le corridor écologique de la voie ferrée de Roubaix. Avec le Comité de Quartier, nous l'avons défendu auprès de la Ville qui entamait à la même époque une réflexion importante sur la requalification du secteur de la Gare. Ce Portrait Nature fut suivi de celui de l'Epeule-Alouette-Trichon (2008), du Canal de Roubaix (2010), des Quartiers Est (2011) et de l’Union (2012).

Le partenariat local, quant à lui, s'est renforcé chaque année avec de nouveaux acteurs qui, tous, ont défendu un attachement profond à la biodiversité et l'expression d'un besoin important de nature dans cette ville particulièrement dense. Merci à tous : Comité de Quartier Fresnoy-Mackellerie, ASTUCE, Comité de Quartier Epeule-Alouette-Trichon, Sainte-Elisabeth, Cul de Four, Entre-deux-Parcs, Jardin de Traverse, Ecole de Pêche, Université Populaire et Citoyenne de Roubaix... Avec le temps ce partenariat s'est élargi encore  : Université de Lille 1 (laboratoire TVES), le Non-Lieu, VivaCités et toutes les rencontres que nous firent en passant la frontière jusqu'à Courtrai... Mention spéciale au Comité Fresnoy-Mackellerie et à ASTUCE, partenaires indéfectibles de la démarche, de toutes les mobilisations, de toutes les implications, des bons comme des mauvais moments, véritables initiateurs et protecteurs de ce projet. 

C'est avec ces acteurs qu'ont été identifiés les principaux enjeux de ces Portraits Nature. 

"En effet, trame verte et bleue et voies douces, en milieu urbain, ne sont servies que par de l’espace interstitiel, celui que la ville et l’industrie veulent bien leur abandonner. Et ce, alors même que c’est la création de ces deux réseaux qui devraient aujourd’hui guider les schémas directeurs urbains."

A partir de nos observations empiriques, nous avons fait valoir que l’ancienne trame industrielle de ce fleuron national de l’activité textile qu’avait été la Ville de Roubaix, offrait aujourd’hui au territoire une structure de trame verte et bleue. Voies ferrées et canaux en constituaient les corridors écologiques, tandis que les friches renaturées et les parcs de maisons de maîtres des beaux quartiers roubaisiens en constituaient les cœurs de nature. Même Barbieux est le fruit de cette époque industrielle, ce vaste parc étant le résultat d'une première tentative infructueuse de creusement du Canal de Roubaix !

En 2007, ces observations, portées par notre association et le Comité de Quartier Fresnoy-Mackellerie, ont paru suffisamment crédibles à nos interlocuteurs de la Ville de Roubaix pour :

  • classer le corridor écologique de la voie ferrée et ses espaces de nature attenants au Plan Local d’Urbanisme ;
  • nous demander d’appuyer avec eux la candidature de ce dossier auprès de l’appel à projet régional "corridor écologique", ce que nous avons fait, devant des interlocuteurs de la Région et de la DREAL. Ce financement a pu être obtenu par la ville, suite à cette présentation, il lui a permis de lancer un certain nombre d'aménagements concernant ce corridor.
  • lancer une étude Trame Verte et Bleue avec un bureau d’étude en nous associant au Comité de Pilotage, toujours avec le Comité de Quartier Fresnoy-Mackellerie ;
  • lancer des acquisitions de propriétés attenantes au corridor pour renforcer le cœur de nature de l’ancienne Ferme aux Loisirs, notamment l'achat de l'ancien Institut Saint-Benoît, et ce, en partenariat avec l'EPF (Établissement Public Foncier) dont l'objet avait été élargi à la mise en place de la Trame Verte et Bleue régionale (ce qui n'est plus le cas aujourd'hui, malheureusement).
  • lancer des aménagements en lien avec leur étude Trame Verte et Bleue (cœur de nature de l’ancienne Ferme aux Loisirs – aujourd’hui Jardin du Hêtre), promenade entre le Parc Brondeloire et la Gare…).
  • lancer une étude « Canal » avec un bureau d’étude en nous associant au Comité de Pilotage avec le Comité de Quartier Fresnoy-Mackellerie.

Notre coopération avec la Ville de Roubaix évolua cependant. Nos premiers interlocuteurs, à l’écoute, ont été amenés à quitter leurs fonctions. Ceux qui les remplacèrent préférèrent poursuivre sans nous, oubliant parfois même de décrire correctement l’émergence de ce projet à leur futurs partenaires, situant l’étude trame verte et bleue de la ville comme le point de départ de cette aventure. Cela n’a pas été le cas, et nombreux sont ceux qui s’en souviennent. Il en va ainsi des territoires et des projets, aux périodes de plénitude succèdent les périodes de retrait. D’autres partenariats virent le jour, notamment avec la SEM-Ville Renouvelée qui adopta partie de ces principes pour l’aménagement de l’écoquartier de l’Union. 

Les principales conclusions de nos observations collectives pour les corridors des voies ferrées

  • Consolider en termes d’acquisitions foncières, d’aménagement et de gestion le corridor écologique de la voie ferrée active.
  • Élargir le talus technique SNCF par un retrait d’implantation de bâtiments sur les zones en cours d’aménagement.

Ces recommandations ont été prises en compte sur l’écoquartier de l’Union à Tourcoing, et à Roubaix sur le réservoir de biodiversité du Jardin du Hêtre (ancienne Ferme aux Loisirs), au niveau du Campus université de la Gare de Roubaix (enfin, partiellement) et à celui de l’école de la rue du Luxembourg (également partiellement).

  • Construire un partenariat avec la SNCF (plus précisément Réseau Ferré de France) pour mettre en place une gestion écologique des talus.

C'était la première chose à faire et rien n'a été fait dans ce sens (dû moins à notre connaissance). RFF continue régulièrement de mettre à blanc ses talus, sans aucun respect de la qualité de végétation, des périodes de nidification... Un comble ! Qu'attendent la MEL et la Ville pour entamer ces négociations et s'inspirer des travaux menés par la SNCB (compagnie nationale des chemins de fer belges) avec les principes de la gestion étagée des talus.

  • Maintenir la présence de l’Epervier d’Europe nidificateur (disparu depuis) au sein du cœur de nature du "Jardin du Hêtre » et le Faucon crécerelle nidificateur sur l’Union.

L’abattage sans compensation de l’arbre qui abritait la nidification de l’Epervier (Parc Saint-Benoît) a participé à sa disparition sur le secteur. Le Faucon crécerelle est quant à lui toujours observé sur l’Union.

  • Maintenir la diversité de passereaux présents sur le réservoir de biodiversité du Jardin du Hêtre et permettre leur déploiement sur le reste de la trame.

Les suivis ornithologiques sur le site, réalisés par les associations ASTUCE et GON, sont malheureusement alarmistes. Cette biodiversité s’effondre (comme partout ailleurs). Il n’est pas fait état d’une analyse quant aux raisons de cette situation. La disparition des animaux d’élevage (vaches, chèvres, chevaux) de l’ancienne Ferme aux Loisirs, et des nombreux insectes qui en dépendaient, a certainement contribué à cette évolution négative, ainsi que le réaménagement de certains espaces du site en "propre" là où régnait une joyeuse cacophonie. Le mode actuel de gestion du site est également interrogé : des tontes et des tailles peuvent être inadaptées... L'évolution globale du quartier peut être également en cause comme l' urbanisation de la friche Dubois ainsi que des éléments de contexte extérieur comme l'effondrement généralisé des insectes à une échelle européenne.

Aujourd'hui réaménagé, le Jardin du Hêtre est classé Oasis Nature (label accordé par l'association Humanité et biodiversité d'Hubert Reeves) et l'ancien parc de l'Institut Saint-Benoit, attenant, en est l'espace refuge, aujourd'hui interdit au public. Notons également sur ce site la présence du plus vieil habitant de Roubaix, un hêtre pourpre tricentenaire désormais protégé dans les documents d'urbanisme de la Ville.

  • Expérimenter divers passages à faune en lien pour répondre aux obstacles de la voie ferrée. Ce programme n’a pas été initié.
  • Créer la promenade du corridor écologique de la voie ferrée. Projet partiellement initié entre la Gare de Roubaix et le Parc du Brondeloire mais qui reste à prolonger vers le Jardin du Hêtre, le Parc Cassel et le futur Parc de l'Union.
  • Faire valoir ces principes d’aménagement à l’échelle Lille-Courtrai.

Prolonger ainsi la trame ferrée urbaine depuis Lille jusqu'au territoire agricole belge puis à  Courtrai, aboutissant ainsi au cœur de nature du Jardin des Papillons (Venningstraat). L'association gestionnaire de ce jardin extraordinaire s’appuie en effet sur le talus de cette même voie ferrée pour construire des corridors écologiques à l’échelle de Courtrai (notamment pour le lérot) et qui pourraient être étendus sur le territoire de la MEL.

Cette démarche a trouvé un préalable dans le cadre du Portrait Nature Transfrontalier que nous avons réalisé en 2013 en partenariat avec le Laboratoire Territoires Villes Environnement et Sociétés de l’Université de Lille, le Non Lieu, Vivacités et ASTUCE. Aujourd’hui, ce corridor est identifié à l’échelle du SCOT de l’arrondissement de Lille et du PLU2 de la MEL. Bien d’autres acteurs se sont emparés de cet objet technique et urbain que sont les talus de voies ferrées tant du point de vue de l’aménagement (élargir leur emprise sur les friches attenantes) que de leur gestion. Notons qu’en la matière, la SNCB (Société d’exploitation du réseau ferré Belge) était pionnière et a fait valoir des principes de gestion écologique et étagée dont il n’est toujours pas question ici. Cependant nous regrettons que ces objectifs ne trouvent que très peu de réalisations et qu'au quotidien, nous observions plutôt le recul de ce potentiel écologique à l'échelle Lille-Courtrai : des friches aménagées sans recul par rapport à la voie ferrée, des espaces techniques mis à blanc totalement ou partiellement comme le Triangle des Rouges Barres, etc

  • Qualifier un corridor écologique et une voie de déplacement doux sur l’ancienne voie ferrée Halluin- Somain (qui passe par Tourcoing, la Lainière, Roubaix, l’ancienne Gare du Pile, Hem, Lys-les-Lannoy…).

Trame verte et bleue et voie de déplacements doux ne doivent pas être concurrents. Il s’agit ici que la création de voie douce ne soit pas destructrice de la végétalisation spontanée qui la précède et donc de faire évoluer le cahier des charges des services métropolitains dans la mise en œuvre de réseaux cyclistes. Mais dans les faits, ce n’est pas le cas. A Hem notamment, la nature qui s’était installée sur l’ancienne voie ferrée a été entièrement rasée lors de la qualification d’un tronçon de cette voie en voie cycliste, en plein milieu urbain. Par contre un autre tronçon a pu être protégé (entre Hem et Forest-sur-Marque) avec un aménagement uniquement piéton. Cela pose question. En effet, Trame Verte et Bleue et voies douces, en milieu urbain, ne sont servies que par de l’espace relictuel, celui que la Ville et l’industrie veulent bien leur abandonner. Et ce, alors même que c’est la création de ces deux réseaux qui devraient aujourd’hui guider les schémas directeurs urbains.

  • Adopter un principe de maintien de l’intégrité des continuités foncières issues de ces anciens réseaux ferrés, ne pas permettre d’implantation qui interromprait ces continuités comme cela s’est fait à Hem (3 Suisses) ou à Roubaix (OVH).

Les principales conclusions de nos observations collectives pour le Canal de Roubaix

  • Créer ponctuellement des berges en pentes douces et en matériaux meubles permettant l’enracinement des végétaux d’eau pour voir apparaître les roselières de milieux humides, aujourd’hui absentes du Canal.
  • Recréer des micro-zones humides en rives hautes lorsque la largeur de la rive permet l’introduction de mares ou de fossés, compensant partiellement le manque de naturalité des berges.
  • Requalifier la rencontre de l’eau et des berges du Canal de Tourcoing pour permettre la végétation de bords d’eau.
  • Requalifier l’Espierres (égout à ciel ouvert aux berges très fragiles) qui connaît des épisodes réguliers de sortie de son lit dès que le territoire rencontre des précipitations importantes.
  • Peu de réalisations à ce jour si ce n'est l'aménagement des grandes zones humides de l'écoquartier de l'Union qui viennent offrir certains habitats jusque là absents du secteur. Apprécions également toutes les expérimentations de l'école de pêche pour introduire roselières et zones de frayères sur les espaces protégés de la navigation que sont les piles des écluses. Du côté, de l'Espierres, malheureusement, rien n'a été entamé. 

Les principales conclusions de nos observations collectives pour les autres espaces de nature

  • Qualifier la naturalité des espaces verts présents sur ce secteur : Parc Barbieux, Parc des Sports, Parc du Brondeloire… Peu d'évolution à ce jour. Parc Barbieux, 2020
  • Qualifier la naturalité des espaces verts des bailleurs sociaux. Idem, peu d'évolution.
  • Maintenir des espaces dits « sauvages » dans les projets d’aménagement des friches existantes. Rien à ce jour.
  • Multiplier les sites d’éducation à l’environnement comme ceux présents sur le corridor de la voie ferrée active (Jardin du Hêtre, Jardin de Traverse). Ici, c'est le dynamisme des associations et des initiatives citoyennes qui a tout mis en place et qu'il faut soutenir.
  • Protéger le patrimoine arboré des parcs des belles propriétés privées dont la division, au profit de de nouvelles constructions immobilières, nuirait largement à la qualité de l’air de la Ville. Rien ne va dans ce sens malheureusement et c'est plutôt le contraire qui se réalise.
  • Construire les liaisons douces en capacités de relier les 3 ponts au Canal de Roubaix. Rien n'a vu le jour. 
  • Maintenir le tissu de jardins familiaux existants (Union) et poursuivre leur développement (Roubaix-Tourcoing), recréer de nombreux jardins familiaux. Pas de développement depuis lors. 
  • Adopter un principe de croissance de m2 d’espaces verts publics par habitants relatifs à tous les projets d’aménagements. N'a pas été adopté.

Pour recevoir une version imprimée complète de chacun des ces Portraits Nature avec leurs ressources cartographiques, envoyez un mail à l’adresse suivante : contact@entrelianes.org

Résumés téléchargeables :

Portrait Nature du Fresnoy-Mackellerie (2007)

Portrait Nature du Canal (2010)

Portrait Nature des Quartiers Est (2011)

Portrait Nature de l'Union (2012)

Portrait Nature Transfrontalier Lille-Courtrai (2013)

Le Portrait Nature instantané du Parc Beaumont à Croix

Voilà l’histoire d’une parfaite illustration des grandes inégalités d’accès à la nature que présente le territoire Métropolitain. Cette situation qui éloigne les plus fragiles des ressources apportées par la fréquentation quotidienne de la nature (qualité de l’air, fraîcheur, bien-être…), n’est pas assez prise en compte par ceux qui aménagent les territoires et donc ne produit pas d’actions correctrices en termes de politiques publiques. C’est même parfois l’inverse, ce que nous révèle le cas du Parc Beaumont à Croix.

Le quartier de Beaumont à Croix, est un secteur parmi les plus prisé de la Métropole. A 1 km à vol d’oiseau du quartier du Pile à Roubaix (un des plus pauvres quartiers métropolitains), on découvre ici un écrin de verdure où les maisons de maître et les maisons d’architecte, toutes particulièrement majestueuses, s’épanouissent dans un écrin de verdure et d’arbres patrimoniaux. C’est là qu’est implantée la Villa Cavroix.

Au sein de ce décor existait un espace vert public de 5 hectares, avec une piste d’athlétisme, des salles polyvalentes, de très beaux arbres, des pelouses… qui bénéficiait à tous les habitants de Croix, qui n’ont pas tous les moyens, loin s’en faut, d’habiter le secteur. C’était la destination préférée des centres aérés et des associations de la commune. Mais voilà qui était trop beau. 

Ainsi, en 2011, le Maire de Croix se mit en tête de déclasser cet espace puis de le céder à des promoteurs, invitant implicitement les Croisiens à reporter leurs activités sur les autres espaces verts publics disponibles du secteur et notamment le plus fameux d’entre eux, le Parc Barbieux à Roubaix. C’est comme cela que le quartier le plus riche de la Métropole allait déplacer sur la ville la plus pauvre de France la prise en charge des besoins de nature de toute une partie de la population de sa ville d’appartenance.

Heureusement, l’Association de défense du Parc Beaumont réunissant des croisiens de tous bords, sut barrer la route à ce projet insensé. Le Parc Beaumont y perdit tout de même sa piste d’athlétisme, convertie en logements, mais conserva l’ensemble des ses espaces non bâtis qui furent maintenus ouverts et publics. Il est désormais rebaptisé Parc Mallet Stevens.

Entrelianes a soutenu le projet de l’Association de défense du Parc Beaumont. Elle a fait valoir notamment l’importance de cet espace dans la trame verte et bleue locale et dans l’équilibre écologique du secteur. Le Parc Beaumont se situe en effet au centre du corridor arboré en pas japonais qui relie le Parc Barbieux aux Bois de Warwamme, grand bois privé de plus de 30 hectares, propriété de riches familles du Nord. Il est même le seul espace public de ce corridor à très grands enjeux environnementaux.

Pour télécharger le rapport du Comité de Sauvegarde, c'est ici.

La note argumentaire d'Entrelianes et du Comité de Quartier Fresnoy-Mackellerie pour le Comité de Sauvegarde de Beaumont, c'est ici.

Les Portraits Nature de l'ancienne voie ferrée Halluin-Somain

Voilà une opportunité d'aménagement du territoire particulièrement ratée alors qu'une belle possibilité se présentait pour un corridor écologique traversant le territoire très contraint de l'Est de la métropole, en diagonal depuis Halluin jusqu'à Lys-les-Lannoy en passant par Tourcoing (Gare de marchandises) et Roubaix (ancienne Gare du Pile). 

Cette ancienne voie ferrée a été découpée en morceaux par les communes sans aucune prise en compte de la valeur de sa continuité intercommunale (qui permet de rejoindre également l'ancienne Lainière et l'Union). 

Sur Hem, les trois Suisses ont construit leurs bâtiments de part et d'autres de la voie condamnant définitivement le passage. D'autres tronçons ont été mis à blanc et totalement artificialisés là où une nature spontanée avait vu le jour. L'association SAVE à Hem tente de sauver les meubles mais constate, année après année, le morcellement et la disparition progressive, de ce qui faisait une belle pénétrante verte à travers Hem.

Sur Lys-les-Lannoy, c'est une belle promenade qui a été aménagée mais qui ne se prolonge pas au delà de la ville. 

Sur Roubaix, et Wattrelos, rien n'a vu le jour à ce jour et des pans entiers ont été réquisitionnés par l'industrie (OVH le long du Canal de Roubaix).

Il est à espérer que le tronçon Tourcoing-Halluin qui fait l'objet d'un projet vélo route-voie verte, ne soit pas un prétexte à raser encore une fois la végétation spontanée qui y a trouvé place formant un corridor boisée traversant le tissu urbain, qui s'élargit en des friches industrielles attenantes. Nous espérons que les observations que nous avons pu y faire à de nombreuses reprises et dont nous avons rendu compte pourront servir à cette prise en compte. Rien n'est moins sûr malheureusement tant les changements politiques locaux ont entraîné des pertes de dialogues et par là-même d'informations avec les acteurs précédemment impliqués. 

Pour télécharger la synthèse du Portrait Nature instantanée de Hem, c'est ici.

Autour de Lille

En 2009, Entrelianes animait le Portrait Nature de Lille Sud révélant la présence de 57 espèces d’oiseaux sur le quartier (plus qu’à la Citadelle).

L’importance de cette diversité s’expliquait par la présence d’une grande variété d’habitats naturels :

  • avec de très grandes friches encore non bâties (Oxylane, Abélard, Fauvet-Girel), 
  • avec le deuxième espace arboré de la ville à savoir le Cimetière du Sud, 
  • avec la proximité des terres agricoles (Epi de Soïl, Plateau de Fléquières)

Cimetière de Lille Sud

Boisement de l'Atrium, aujourd'hui disparu Friche Abélard, aujourd'hui disparue Friche Oxylane, aujourd'hui disparue

Friche Fauvet-Girel aujourd'hui disparue         Terres agricoles attenantes, en sursis (extension Eurasanté)

Ces observations, partagées avec la Ville de Lille eurent cependant peu de conséquences… 

Il n’a jamais été possible d’assurer le suivi du maintien de ces populations d’oiseaux dans le Grand Projet Urbain que connaissait et que connaît encore le quartier alors que cet objectif avait été adopté par la ville dans son agenda 21, en partenariat avec notre association. Il n’a jamais été possible de maintenir une partie des friches en espaces non bâtis ni de livrer à la population de Lille Sud, très nombreuse, des espaces verts suffisamment conséquents.

Certes, le corridor écologique de la voie ferrée de Lille Sud est désormais classé au PLU2 de la MEL, mais cela n’empêche nullement les implantations sur son périmètre, multipliant notamment les parkings extensifs et ce, en plein cœur urbain (Décathlon et le projet de cinéma Pathé).

Malgré les promesses faites par la Ville, le petit boisement mature de l’Atrium (ancien Foyer de Jeunes Travailleurs) a été entièrement mis à blanc et ce qui devait lui servir de compensation partielle a été mis à nu, sans qu’aucune action correctrice n’ait été possible (et ce malgré de nombreuses interpellations).

C'est vrai, le Cimetière a désormais ses titres de noblesse… sa superficie intègre en effet le calcul de la moyenne de m2 d’espaces verts par habitant lillois ! Au delà de ce trait ironique, nous saluons la qualité de gestion écologique du site mais déplorons que le suivi ornithologique n’y soit pas systématisé, ce qui permettrait par exemple de révéler la disparition locale du pigeon colombin (minuscule pigeon amateur de boisement ancien) pourtant présent en 2009 lors de notre inventaire ou de savoir si le jaseur boréal (habitant du grand Nord) prend régulièrement un repos hivernal sur le site comme il l'a fait en 2011, ce que nous avions observé.

Ces oiseaux ne doivent pas être les seuls à avoir fait les frais du réaménagement global du quartier alors qu’il aurait été possible, de renouveler le tissu urbain tout en ayant pour objectif le maintien de leurs populations ! Mais sans intégration de la contrainte écologique, cela n’a pu être qu’un vœu pieux.

Pour télécharger la synthèse du Portrait Nature de Lille Sud, c'est ici.

Pour obtenir l'étude complète ou l'inventaire des oiseaux, nous envoyer un mail.

Le quartier de Bois-Blancs à Lille est une île au milieu de la Deûle, mais ne l’a pas toujours été.

Implanté dans les marais de la Deûle, encore parcouru jusqu'à la révolution industrielle par un réseau de petites rivières et de fossés drainants (l’Arbonoise, la Tortue), ces terres humides étaient alors des terres communes d’agriculture et d’élevage sur les franges de Lomme et de Lille, réquisitionnées ensuite par l’industrie. Ancien espace non aedificandi de la citadelle, ce périmètre a longtemps été non urbanisable jusqu'à la 1ère guerre mondiale qui, avec l'aviation, fit tomber l'utilité des fortifications comme défenses urbaines.

Il est impossible de séparer l’histoire de Bois-Blancs de celle du Marais de Lomme, des défenses militaires de la Ville de Lille et enfin de la canalisation de la Deûle et enfin des contraintes imposées par sa navigation. 

C'est après la 1ère guerre mondiale que le quartier connut un essor industriel et la construction d'une gare d’eau fluviale alimentant les usines textiles du secteur (Le Blan, Montpellier…). Et c’est le creusement du canal à grand gabarit, au milieu du XXe, qui fit de ce quartier une île. Le trajet de ce grand Canal créa un second bras, entourant les terres de Bois-Blancs et contournant ensuite la Citadelle par l’Ouest, évitant aux bateaux le passage, jusque là obligé, avec rupture de charge, par l’intérieur de Lille.

C’est au cours du XXe siècle également qu'apparurent les premières maisons en briques de ce quartier ouvrier, puis des grandes résidences sociales. Enfin, la grande crise industrielle de la fin du XXe entraîna la fermeture des usines et l’émergence de grandes friches. La Gare d’eau, rendue obsolète par le Port Fluvial installé sur l’autre berge, celle du quartier Vauban, fut abandonnée à son sort. Seules des péniches habitées ont permis de maintenir l’activité de ce site. Et le périmètre de protection de l'usine SEVESO "industries chimiques de Loos" située à 500 m de la pointe Sud de l'île fit office de protection "non aedificandi" puisqu'il était impossible de construire en son sein. En 2004, le process industriel de cette usine évolua, ce qui permit la réduction de ce périmètre. Et hop, voilà le projet de renouvellement urbain des Rives de la Haute-Deûle qui vit le jour.  Avec les projets 1 et 2 des Rives de la Haute-Dêule (RHD), à cheval sur Bois-Blancs (Lille) et le Marais (Lomme), c’est un vaste programme de requalification qui sortit de terre et surtout d'intensification urbaine.

Euratechnologies, sa belle pièce d'eau pleine de vie et son canal artificiel, inerte

Euratechnologies, emblème de ce renouveau, prit place dans la majestueuse ancienne usine Leblan. De nouveaux petits immeubles denses et serrés, remplacèrent les friches et les dents creuses. En 10 ans, le quartier accueillit plus de 4000 nouveaux habitants, et ce n’est pas fini. RHD2 s’attaque désormais – à la Gare d’eau, – à la friche du Marais, à l’îlot Boschetti et sera complété par la rénovation de la résidence des Aviateurs. Cela ne se fait pas sans impact sur la faune et la flore de ce secteur, ni sur la qualité du vivre-ensemble du quartier.

Canal de Canteleu                                                Gare d'eau de Bois-Blancs

Le Portrait Nature que nous avons réalisé en 2013, alertait sur ces enjeux. Il complétait un inventaire ornithologique complet (2011) et s’inscrivait dans les discussions entamées par de nombreuses associations locales (la Garedo, Autour d’eaux, Transport Culturel Fluvial…) avec la Ville de Lille, sur l’avenir du quartier.

Les enjeux identifiés par ce Portrait Nature 

Les corridors écologiques de la Deûle. 

Les rives du Canal à grand gabarit présentent de larges plate-bandes non construites. Il s’agit de maintenir ce foncier non bâti et de qualifier écologiquement ces coulées vertes dont les berges restent minérales et verticales (en palplanches métalliques) et qui souffrent également de pollution lumineuse. Des expérimentations réussies de renaturation ont été faites par les Voies Navigables de France (VNF) sur le tronçon entre le Pont de Dunkerque et la Citadelle, permettant l’implantation de roselières et leur cortège d’espèces inféodées. Attention, paradoxalement, ces berges métalliques accueillent la nidification d'hirondelles des rivages, il s'agit donc de garantir également la présence de ces sites de reproduction d'une espèce protégée. 

La liaison arborée entre la Citadelle et le boisement arrière des industries chimiques de Loos doit être maintenue en maintenant des bosquets en pas japonais (résidence Dubois, terrain des vachers, boisement Montpelier) tout le long des berges du Canal à Grand Gabarit. Sur ce point, Entrelianes ait intervenu plusieurs fois pour prévenir l'urbanisation d'une partie du terrain des vachers à ce jour toujours classé "à urbaniser" dans le Plan Local d'Urbanisme. Ce classement augure également le percement d'une nouvelle route depuis la rue de Dunkerque jusqu'à la rue des Bois-Blancs qui va à l'encontre de la qualité de vie du quartier. 

Du côté du Canal de Canteleu, plus étroit, présentant un front bâti, le passage des promeneurs doit être restauré (arrière résidence Dubois). 

Expérimentation réussie de renaturation de berges à Bois-Blancs

Nidification d'hirondelles des rivages dans les trous des palplanches !

Les friches 

Renaturées spontanément, présentant souvent un sol très pollué (îlot Boschetti) ou déstructuré (friche du marais) et parfois des stations de renouées du Japon (plante invasive), elles sont majoritairement recouvertes de prairie et d'arbustes denses et fréquentées par de nombreuses espèces animales dont des oiseaux dont les populations se sont effondrées dans les 20 dernières années sur la région. La ville envisage l'urbanisation entière de la friche du Marais et partielle de l'îlot Boschetti. A nos yeux, ce projet n'a plus de sens ! Le quartier s'est déjà extrêmement densifié durant les 10 dernières années. Aujourd'hui ce sont des espaces de nature dont les habitants, la faune et la flore ont besoin !

Friche du Marais à Lomme, donnant sur la Gare d'eau de Bois-Blancs

La Gare d’eau

Avec des oiseaux d’eau nidificateurs (grèbes huppés, foulques macroules, poules d’eau, hirondelles des rivages) et d’autres espèces qui trouvent en ce lieu un espace de nourrissage (hérons cendrés, cormorans, mouettes et goélands…), le site est un lieu très fréquenté par la faune. C’est également un site de frayère pour les brèmes, (au droit de l’îlot Boschetti), la seule à l’échelle de la Métropole.

La Ville et la Métropole envisagent la requalification de cet espace pour permettre l'accueil d'une navigation de loisirs. Avec d'autres associations, nous récusons ce projet en l'état. La priorité doit être de maintenir les péniches habitées et les activités d'animation. Ensuite, nous proposons de définir une charte de biodiversité portuaire, à l’instar de ce que font certains ports de plaisance bretons avec leur indice de biodiversité portrait. Cette charte pourrait caractériser un état 0 et se donner des objectifs d’amélioration pour renforcer la présence de la faune et de la flore sur le site. L’implantation de roselières (bras mort de Canteleu ou devant l'îlot Boschetti, à hauteur de la zone de frayère) ainsi de zones humides terrestres sur l’îlot Boschetti serait une première réponse.

L'association Autour d'eaux et Entrelianes ont rédigé une étude comparée de différentes gares d'eau régionales et au delà pour comprendre comment la biodiversité et les usages étaient pris en compte selon divers aménagements. Cette étude a pointé notamment des options techniques à éviter absolument sur le site.

Un collectif est né avec différentes associations et usagers du site (Transport Culturel Fluvial, la Garedo, Les gens qui sèment, Entrelianes, Autour d'eaux...) et de nombreuses propositions ont été faites à la Ville de Lille ainsi qu'à la MEL. Ces négociations, en cours, n'ont pas encore abouti. 

Les cours d’eau 

Tortue et Arbonnoise aujourd’hui canalisées et souterraines doivent retrouver des parties aériennes, donner à voir leurs parcours ignorés par tous et et permettre la renaturation de l'endroit où chacune d'entre elle se jette avec la Deûle. Soulignons l'ironie du sort réservé à la Tortue qui traverse la friche du Marais. Demain, dans leur grande générosité, les aménageurs envisage de maintenir non construite la surface au sol qui est au dessus de la Tortue (et qui est inconstructible). Ils souhaitent recréer artificiellement un fossé humide tout le long et l'appeler cette petite bande non bâtie, le Parc de la Tortue. Qui se douterait que la Tortue, en réalité, resterait enfouie dessous ce fossé.

Autres demandes exprimées lors de ce Portrait Nature : maintien des péniches, refus d’un port de plaisance pour stockage de bateaux dormants, maintien d’une activité associative sur l’îlot Boschetti, refus de l’urbanisation de Boschetti, maintien de l’intégrité du terrain des Vachers dont une partie est aujourd’hui promise à l’urbanisation.

Ici pour télécharger le compte-rendu du Portrait Nature instantané de Bois-Blancs (2013-2014)

Ici pour télécharger la contribution inter-associative pour l’aménagement de la Gare d’eau avec l'association Autour d'eaux

En 2010, l’association initiait les balades découvertes du Sud du Sud de Lille pour donner à voir ces terres cultivées et les liaisons douces reliant les espaces de nature des bords de Deûle via des chemins agricoles.

Lille Sud, les champs sont présents immédiatement après le CHR. On est alors sur le Plateau de Fléquières. 

En 2011, avec le Groupe Ornithologique et Naturaliste du Nord (GON), l’association interpellait la Métropole Européenne de Lille et obtenait que l’étude d’impact de la LINO (Liaison Intercommunale Nord-Ouest, projet de route traversant  ce secteur) soit revue dans son intégralité. La nouvelle étude réalisée par le bureau d'étude Biotope, à la demande de la Métropole Européenne de Lille, révéla en effet plus de 70 espèces d’oiseaux nicheurs au sein de la carrière de Loos-Emmerin, dont il allait s’agir désormais de maintenir la diversité. Cela en fait l'espace le plus riche de la couronne lilloise.

En 2014, le Portrait Nature instantané du Sud du Sud, que nous avons animé, synthétisait l’ensemble des enjeux de ce secteur correspondant au Nord des champs captants du Sud de Lille.

Les conclusions du Portrait Nature du Sud du Sud 

-> maintien du patrimoine naturel de la carrière de Loos-Emmerin et classement et protection de ce site majeur pour la biodiversité locale,

-> non urbanisation des terres pour préserver les champs captants, maintien des terres agricoles

-> maintien des chemins agricoles et valorisation du parcours jusqu’aux berges de la Deûle, seul itinéraire doux qui relient le coeur urbain (Lille, Loos) aux parcs des rives de la Deûle (parc Mosaïc, bois de Santes...),

-> protection des hirondelles de Fléquières.

Or,  trois projets majeurs viennent contredire ces objectifs :l’extension d’Eurasanté  - le comblement de la carrière (dans le cadre de l'autorisation d'exploitation accordée par la DREAL, l'exploitant a obligation de remise à niveau des terres à la fin de l'exploitation)   -  l’aménagement de la LINO (Liaison routière Intercommunale Nord Ouest, projet porté par la MEL).

Pour télécharger le Portrait Nature Instantané du Sud du Sud, c'est ici.

Pour télécharger le courrier d'interpellation concernant la LINO à la MEL, signé avec le GON, c'est ici.

Pour télécharger, le relais de notre demande par le Préfet à la MEL, c'est ici.

En 2015, une future administratrice d’Entrelianes réalisait une étude paysagère de ce secteur dans le cadre d’un diplôme de fin d’étude à ENSAP de Versailles. Cela lui permit de nommer ce périmètre alors baptisé le Plateau de Fléquières, d’ajouter à notre Portrait Nature trois nouvelles dimensions : paysagère, agronomique et minière (au travers d’un projet de valorisation des catiches).

En 2019, le Débat sur l’avenir du Plateau de Fléquières, organisé par l’association et nourri par ce travail préalable, permit de partager ces problématiques avec les habitants riverains de Loos et de Wattignies avec notamment la production d'une vidéo de présentation.

Pour voir et revoir notre film présentant le Plateau de Fléquières

En 2019 également, à la demande du Préfet, les règles de prise en compte des contraintes des champs captants se durcissaient dans le nouveau PLU2 de la MEL et l’extension d’Eurasanté sur les terres agricoles reculait par rapport au précédent PLU sans toutefois disparaître. La LINO attend toujours de sortir de terre et la carrière de Loos-Emmerin nous offre sur son site Ouest, la vue sur un magnifique terril de déchets inertes, aménagement paysager non reconnu comme tel et totalement inédit à l’échelle de la Métropole. Quant à son site Est, il est toujours sous la menace d’un comblement et donc de la disparition de ses habitats naturels.

Un futur PAEN (périmètre de protection et de mise en valeur des espaces agricoles et naturels péri-urbains) des champs captants du Sud de Lille (couvrant 22 communes) a été voté par la MEL cette même année. Une étude a été confiée par la MEL à un bureau d'étude pour établir un diagnostic et faire des propositions. 

Nous faisons valoir que le Plateau de Fléquières, extrême limite Nord du plateau du Mélantois et donc des champs captants, mérite un traitement spécifique dans ce dispositif PAEN en tant que Porte d’entrée de ce territoire de la craie et de l’eau.

-> non comblement du site Est de la carrière, classement et protection du site comme espace de biodiversité de premier plan,

-> valorisation du terril de déchets inertes du site Ouest de la carrière, reconnaissance de cette forme paysagère inédite à l'échelle de la MEL (à mettre en lien avec la chaîne des terrils ?) et de la zone humide en présence au Nord du site Ouest,

-> co-élaboration d'un projet de parc sur les deux sites (Est et Ouest) de la carrière avec ouverture au public au plus vite d'un parcours donnant accès aux paysages extraordinaires de cette carrière (falaises de craie, panorama depuis le haut du terril),

-> restauration des chemins agricoles et protection de ces itinéraires par rapport aux engins motorisés de type motos ou quads,

-> valorisation de l'itinéraire doux jusqu'au rives de la Dêule, 

-> valorisation du Plateau de Fléquières comme promontoire naturel,

-> protection des terres agricoles avec non extension d'Eurasanté sur ces terres, tel qu'envisagé à ce jour. Nécessité de privilégier l'extension d'Eurasanté sur ses parkings extensifs et de construire par ailleurs des parkings silos,

-> protection des hirondelles du hameau de Fléquières,

-> protection et valorisation du patrimoine bâti du hameau de Fléquières,

-> protection et valorisation du réseau de catiches (à découvrir dans notre film) au travers de la filière de la Barbe de Capucins et de l'organisation de visites guidées de ce site patrimonial de première importance qui mérite d'entrée de jeu une étude historique et archéologique,

-> mise en place d'une instance de concertation intercommunale à l'échelle du Plateau de Fléquières.

Enfin, fin 2019, notre association a remis un avis argumenté à la Préfecture du Nord dans le cadre d'une consultation publique pour l'extension de l'activité d'enfouissement de déchets inertes sur son site Ouest, par l'exploitant de la carrière, la société Recynor. 

Vous pouvez consulter cet avis, ici

En résumé, nous ne nous opposons pas à ce que l'exploitant poursuive l'érection d'un terril de déchets inerte, à l'entrée de Loos et d'Emmerin, produisant ainsi un paysage inédit à l'échelle de la Métropole ! Par contre nous voudrions que le dépassement de volume ainsi réalisé par rapport au niveau initial des terres qui devrait être le niveau de référence, soit établi et reconnu. Ce dépassement permettra en effet de ne pas combler le site Est, celui dont nous souhaitons préserver le paysage et la biodiversité. 

Trois très bons articles de la Voix du Nord, résumant l'ensemble de ces enjeux et présentant notre travail.

Ronchin est une commune de la ceinture Lilloise est coincée contre l’autoroute A1 qui borde ses flancs Est et Nord. Ancienne cité agricole du Plateau du Mélantois, elle développa essentiellement au cours du XXème siècle du logement pour les nouveaux habitants de la Métropole et consolida son tissu urbain autour quartiers pavillonnaires ou de résidences sociales. Elle paye cher par ailleurs le prix de l’extension métropolitaine en concédant partie de son foncier à l’autoroute ainsi qu’aux voies ferrées.

Lezennes semble concentrée autour d'un centre ancien d'allure rurale. Elle est cernée par les voies ferrées et les zones commerciales notamment celle de Villeneuve d'Ascq, certainement plus étendue que le centre urbain de la commune !

Les deux communes étant attenantes, elles partagent certaines visions dont la valorisation d'une coulée verte. 

En effet, touts les projets métropolitains ne se réalisent pas et une réserve foncière établie sur ce territoire pour le percement d’une nouvelle route fut abandonnée. Voilà que s’offrait alors aux communes et particulièrement à Ronchin un très beau potentiel de corridor écologique. C’est dans ce contexte que nous avons réalisé en 2015 et 2016, un Portrait Nature, en partenariat avec l'agenda 21 des deux communes, pour envisager les connectivités de ce linéaire avec les autres espaces de nature du territoire.

Au Nord de la Commune et de la coulée verte, au delà de l’A1, sur des terres qui sont toujours ronchinoises, ce que peu de gens savent, s’étendent plus de 130 hectares de terres non bâties. Ces espaces sont prisonniers d’un faisceau de voies ferrées (TGV, Lille Valenciennes, Lille Dunkerque) sortant de Lille Flandres, de Lille Europe et de Saint-Sauveur, ainsi que de l’A1, la N356 (voie rapide roubaisienne) et la voie d’accès à l’A26. Ils semblent tout à fait inaccessibles. Or, ce n’est pas tout à fait le cas. Un grand champs cultivé au centre de ces espaces dispose de son propre passage sous l’Autoroute A1 et de son propre franchissement de voie ferrée via un passage à niveau. Un golf (70 ha), propriété de la MEL, s’est également implanté en ces lieux et dispose de sa propre passerelle au dessus des voies ferrées pour permettre l'accès à un triangle technique SNCF. Le modelé du golf a été réalisé avec les déblais-remblais de l’A1 et il offre un cheminement public pour en faire tout le tour. Ses franges attenantes aux talus de voies ferrées présentent une belle naturalité et les golfeurs disposent eux aussi de leur propre passage pour rejoindre un îlot de nature via une passerelle surplombant la voie ferrée. Un centre équestre est également situé à toute proximité ainsi qu’un stade de foot, face à l’ancienne Camif, désormais siège d’ADEO. Plus loin, on rejoint la zone commerciale extensive de Villeneuve d’Ascq jusqu’au stade Pierre Mauroy.

Ainsi sur ces plus de 130 hectares, ce sont seulement 3 hectares d’espaces verts publics qui ont pu trouvé place : le Parc de Lezennes tout au Nord et le stade Pierre de Coubertin (Ronchin).

En matière de biodiversité de ces espaces, si les talus techniques doivent souffrir tant des hydrocarbures liées à la circulation routière que de la pollution lumineuse ou du bruit, ils représentent une surface importante avec un couvert végétal d’une belle naturalité. Plusieurs témoignages ont assuré que ces espaces étaient régulièrement fréquentés par des renards ou des chevreuils. Nous avons également observé des tracés de fruits entamés par des petits mammifères rongeurs comme le lérot.

Les habitants, au Sud de l’Autoroute, rue Louis Braille, se plaignent du bruit et de la pollution de l’air. Des mesures sont clairement à envisager pour y répondre (Plan Climat de la MEL, Plan de déplacement, limitation de vitesse, mur anti-bruit…)

Au Sud-Ouest de la coulée verte, il y a une forme de prolongation de cette continuité non bâtie sur Faches-Thumesnil. Elle doit trouver son passage en longeant notamment un cimetière et des jardins familiaux pour pouvoir déboucher sur la Plaine des Périseaux et son réseau de déplacement doux. Cette perméabilité de cheminement et de voie cycliste est à construire.

Au sein même de la coulée verte, on peut distinguer quelques espaces enfrichés présentant un couvert arbustif et prairial très intéressant. Le reste est une prairie de fauche.

Les enjeux

1 - Inscrire l’ensemble des espaces de nature au Nord de l’A1 dans un corridor vert depuis Lille Saint-Sauveur jusqu’au sud du Golf de Ronchin d’une part et au Parc du Héron d’autre part.

  • rétablir un équilibre entre espaces de nature publics et privés au sein de ces espaces.
  • permettre à l’activité agricole centrale au Nord de l’Autoroute A1 de se maintenir et empêcher aucun projet d’urbanisation sur cet espace. Prioriser à terme la prolongation d’un immense Parc venant de Saint-Sauveur.
  • aménager une liaison douce depuis Saint-Sauveur, Fives Cailles jusqu’au Parc du Héron en passant par ces espaces.
  • faciliter la traversée cycliste et piétonne entre le Sud et le Nord de Ronchin, via le passage sous l’autoroute à élargir (liaison en site propre).

2 - Qualifier l’ensemble de la coulée verte

  • en termes écologiques avec respect de micro-espaces sauvages enfrichés et expérimentation de passages à faune sur les zones de rupture (rue Jean Jaurès, voies ferrées, autoroute)
  • en termes d’usages avec introduction d’usages compatibles les uns avec les autres sur des zones dédiées, limitées et articulées les unes aux autres par des cheminements : agro-écologie, sport, pâturage, zone de pelouses…
  • Signalons ici la diversité des usages existants et leur qualités : permaculture avec les Jardins partagés du Grand Cerf, éducation populaire avec le Centre social du Grand Cerf, culture avec le théâtre de marionnettes, sports avec l'ancien stade Liévin-Boulet... tout est déjà là et la transformation du paysage peut s'appuyer sereinement sur les savoir-faire des Jardins Partagés de Ronchin.
  • Signalons également la qualité de l'aménagement sportif réalisé par la Mairie suite à ce diagnostic, via la requalification du stade Liévin-Boulet en un espace sportif ouvert qui connaît un très grand succès auprès de la population.

3 - Ouvrir la coulée verte sur la Plaine des Périseaux puis vers le Parc de la Deûle

  • en termes de déplacement doux
  • en termes d’échanges écologiques

Pour télécharger la synthèse du Portrait Nature de Ronchin-Lezennes, c'est ici

A l’Ouest de Lille, la commune de Lomme dispose d’un très grand foncier et d’un tissu urbain varié et complexe offrant une multitude d'espaces de nature insoupçonnés. Cette ville, dont la limite Sud est adossée à la Deûle, est également traversée par deux autres grands axes de transport qui la séparent en plusieurs morceaux :

  • l’ancienne gare de fret de la Délivrance avec son important faisceau de voies ferrées. Elle borde le Nord des quartiers du Marais et du Mont-à-Camp, et le Sud du quartier de la Délivrance
  • la rocade Nord-Ouest, plus au Nord qui délimite notamment l’essentiel du tissu urbain habité. Au delà de cette limite se situent le Parc Naturel Urbain, une importante zone commerciale, des terres agricoles et une carrière.

Le tissu urbain Lommois a, comme beaucoup de villes métropolitaines, été redessiné par l’industrie, après une première vocation agricole. A partir du XIXème, de nombreuses entreprises se sont implantées le long de la Deûle dans le quartier du Marais et à partir du XXème, le long de la Gare de la Délivrance, qui fut construite au milieu des champs, après la 1ère guerre mondiale.  

La fermeture des usines du quartier du Marais entraîna la naissance de grandes friches (friche du Marais, friche Boschetti) longtemps maintenues en l’état par le périmètre de sécurité des industries chimiques de Loos qui empêchait tout nouveau projet. Sa réduction en 2004 permis l’élaboration du projet lillois-lommois des Rives de la Haute-Deûle.

Les entreprises implantées autour de la Délivrance se maintinrent en partie mais la Gare ferma son activité de triage en 2004. Une grande partie de son périmètre se renatura alors spontanément, créant à l'échelle de la ville une nouvelle petite forêt pionnière. 

Ces implantations étaient entourées d’un habitat ouvrier typique du Nord qui a mieux résisté qu’elles. Ainsi le Marais accueillent encore une multitude de petites maisons de briques collées les unes aux autres et la Cité de la Délivrance (cité jardin patrimoniale) offre encore de larges rues et des maisons à l’architecture originale qui disposent de grands jardins.

On ne trouve quasiment plus de traces de l’ancienne ville agricole, de ses fermes carrées historiques (dont une templière) qui furent petit à petit avalées par l’essor industriel. Seule persiste un très beau modèle du genre au sein du Parc Naturel Urbain, la Ferme éducative de Lomme.

Les années 70 virent naître, quant à elles, quelques grands ensemble qui disposent encore de larges espaces verts.

Il est donc normal que la Trame verte et bleue Lommoise trouve d’abord sa place dans les traces de cette histoire industrielle, puis dans les abords des aménagements fonctionnels de la ville du XXème siècle.

Espaces de nature présents dans les traces de l’histoire industrielle

  • berges et friches de la Dêule
  • ancienne Gare de Fret de la Délivrance
  • carrière
  • parcs et jardins des anciennes maisons de Maîtres
  • cités jardins
Espaces de nature présents dans les espaces attenants aux fonctions urbaines du XXème siècle

  • talus des voies de transports routier (rocade Nord-Ouest)
  • espaces verts de résidences collectives
  • zones commerciales et d’activités
  • grand Parc Urbain
En 2016 et 2017, nous avons réalisé avec le Service Environnement de Lomme et de nombreux habitants volontaires, un Portrait Nature du Territoire qui permit de faire valoir 3 « Pôles Nature »

La Porte des Parcs au Nord de la commune qui relie le très beau Parc de la Maison des Enfants, celui du Lycée Horticole, celui du Parc Naturel Urbain et la carrière de Lomme. Considérer l’ensemble de ces espaces comme un tout, de très haute qualité environnementale, dont les activités se complètent. L’ouverture publique du Parc de la Maison des Enfants avec fermeture d’un espace arboretum « réserve » fait partie de ces enjeux, comme le trajet piéton et cycliste depuis la Maison des Enfants jusqu’au Parc Naturel Urbain.

La Réserve Nature de la Délivrance avec la très grande forêt pionnière de l’ancienne Gare de Fret de la Délivrance et la Cité Jardin de la Délivrance. Sa dynamique écologique repose notamment sur sa non accessibilité. Il ne s’agit donc pas de changer cela mais de prendre conscience et de protéger les services écosystémiques du site, de valoriser des panoramas et d’envisager un cheminement tout autour.

La Porte de l’eau avec les berges de la Deûle, la Gare d’eau et l’îlot Boschetti. Permettre le maintien d’une certaine surface d’espaces sauvages au sein de la friche du marais et de celle de l’îlot Boschetti, qualifier le bras mort de Canteleu, introduire des berges en pentes douces, protéger la zone de frayère, les nids d’hirondelles de rivage… etc (Voir le Portrait Nature de Bois-Blancs).

Les enjeux identifiés

-> caractériser scientifiquement la biodiversité propre à chacun de ces pôles (inventaires naturalistes et scientifiques), notamment pour la Délivrance, peu prospectée à ce jour.

-> construire véritablement l’identité de chacun de ces pôles, en termes de milieux, de visibilité, d’accessibilité, d’usages, de signalétique…

-> relier ces trois pôles via un cheminement doux (piéton, cycliste).

-> renforcer les liaisons écologiques et ce cheminement au travers de tous les projets urbains envisagés.

Chaque pôle a sa propre priorité et représente un enjeu particulièrement significatif et même symbolique en matière de nature en ville et de politiques publiques à renouveler.

Pour la Délivrance, il faut s'approprier les magnifiques paysages offerts pas cet espace, faire reconnaître le statut d'espace de nature de ce périmètre et protéger les espèces en présence. Cela ne veut pas dire cesser toute activité. Cela veut dire apprendre à co-exister et savoir se fixer des limites. C'est un dialogue avec la SNCF qui doit ici s'instaurer.

Pour la Porte de l'eau, il faut restaurer des zones humides et permettre le protection de Boschetti et de la dernière partie non bâtie de la friche du Marais. L'authenticité de la Gare d'eau est en jeu aujourd'hui, comme la présence des péniches et la liberté d'accès à l'eau et aux rives pour tous.

Pour la Porte des Parcs, la prise de conscience qu'il faille réunir ensemble les différents composants et acteurs est primordiales (Parc de la Maison des Enfants, Parc du lycée d'agriculture et d'horticulture, Jardins familiaux, centres sportifs, école du cirque, clubs de pêche, Médiathèque...). Il y a là une très très belle opportunité de territoire pour les Lommois et même au delà.