Au fil de l’eau et de l’air

Vous y trouverez nos humeurs, nos rendez-vous, nos prises de paroles, nos émotions…

La Convention citoyenne pour le climat, réunie plusieurs semaines en 2020, avance des propositions bien en phase avec la volonté des décideurs politiques locaux : il faudrait construire sur les friches, toutes les friches, au prétexte « d’éviter d’artificialiser les terres agricoles ».

Exemple : la proposition SI. 3.3 : « Interdire toute artificialisation des terres tant que des réhabilitations ou friches commerciales, artisanales ou industrielles sont possibles dans l’enveloppe urbaine existante » ; la proposition SL3.7 : « Faciliter les reprises et réhabilitations des friches, notamment par la possibilité pour les communes d’exproprier les friches délaissées depuis 10 ans ou plus » ; ou la proposition SL3.11 : « Sensibiliser à l’importance et l’intérêt de la ville plus compacte, et construire une nouvelle culture de l’habitat collectif ».

A Lille, la municipalité n’a d’ailleurs pas attendu la convention citoyenne pour asséner cet argument quand il s’agit de bétonner les 23 hectares de la friche Saint-Sauveur avec 2 500 logements, des commerces et des bureaux, ou encore la plus grande piscine d’Europe ; ou de sacrifier la friche de la rue Marquillies à Lille Sud pour implanter un énorme multiplexe Pathé avec écrans géants et enseigne lumineuse visible du périphérique.

Pourtant, la densification urbaine sur les friches est un leurre. Elle ne fait qu’aggraver les problèmes écologiques et sociaux. Ces propositions de la Convention citoyenne, qui pourraient demain être traduites en projets de loi, accordent une prolongation à un modèle d'aménagement du territoire mortifère auquel il s'agit au contraire de mettre fin.

Mais…pourquoi ne faut-il pas construire sur les friches demande le Petit Prince à la rose?

  • Voyons, comment t'expliquer, c'est un peu comme si tu étais prisonnier d'une machine qui te fait dépenser plus que ce que tu peux. Tous les ans, elle grignote une part plus importante de tes ressources. Un jour tu prends conscience que tu n'as plus rien ou presque devant toi pour te nourrir. Et que fais-tu? Décides-tu de changer de technique, de reconstituer tes réserves, d'interroger les habitudes qui t'ont conduit à dépenser autant sans te soucier de rien? Non, tu te dis que c'est bien plus simple d'aller chercher ton dernier petit compte épargne que tu avais oublié pour continuer d'alimenter ta machine. Le fait qu'après cela il n'y ait plus rien, tu n'y penses même pas, tu ne t'y prépares pas, tu n'en tires aucun enseignement.

Le territoire n'est pas extensible, ce qui a été consommé (bâti, construit) l'est définitivement. C'est la première de nos ressources et, une fois pour toutes, il faut cesser de le détruire et de l'artificialiser. Nous avons déjà atteint un niveau de consommation des terres agricoles et naturelles qu'il n'est pas possible de dépasser. Mais l'urgence n'est pas de construire sur les friches, bien au contraire. Elle est d'empêcher que nos métropoles continuent de croître par l'exode des campagnes et des petites villes qui se poursuit par déplacement cynique de population. Cynique car, dans leur programmation urbaine et dans les scénari démographiques qui les accompagnent, nos décideurs politiques parient sur une croissance de population supérieure à l'agrandissement des familles. Cela suppose que des gens quittent une autre partie du territoire pour continuer de faire grandir les métropoles. Conséquence : les grosses villes sont trop grosses et les petites et moyennes meurent. Quelle logique y a-t-il à continuer cela ?

L'urgence est de changer de modèle et notamment de réinvestir ces villes moyennes et ces villages qui se vident inexorablement, ainsi que les réseaux de transport qui les relient. Elle est aussi de partager l'espace entre générations, là où c’est possible, tout en luttant contre les inégalités dans l'accès à cet espace. Elle est de faire évoluer nos modèles architecturaux pour faciliter ce partage. Voilà l'urgence.

Ainsi continuer de construire, d’urbaniser, à l'intérieur des villes comme à l'extérieur, c’est éviter de se poser la question du partage de l'existant, et continuer à mettre comme priorité la compétition entre territoires.

Sachant qu'aujourd'hui les territoires sont exsangues et qu'il faut définitivement cesser toute artificialisation de leurs terres, construire sur les friches c'est aussi priver d'ors et déjà les villes d'espaces de nature et de respiration dont les populations ont un besoin vital pour faire face à la vie urbaine et désormais au dérèglement climatique. Espaces de rafraîchissement, de potagers, de jeux extérieurs, de promenade, de soin du sol, de partage de multiples savoirs, d'accueil de personnes en exil ou sans domicile... sans ces espaces indispensables, qu’en sera-t-il de la vie en ville? Sera-t-elle supportable?

Faut-il imaginer notre futur sans aucun espace non défini, vacant pour les générations à venir, sans plus aucun « terrain vague » ? Faut-il nous imaginer enfermés dans des petites boîtes minérales sans aucun espace extérieur à partager collectivement ? Sans la possibilité de sortir, d'investir cet extérieur ? Habiter quelque part, ce n’est pas seulement habiter un logement. C’est d’abord habiter un territoire.

  • Regarde les gens qui habitent au bord de la mer. Regarde comme ils passent du temps dehors, comme ils ont besoin d'être à l'extérieur, de fouler le sol, de s'assoir sur les plages, de mettre le corps en contact avec les rayons du soleil et avec l'eau. Imagines-tu une seconde qu'il soit possible de les en priver ? C'est pourtant ce qu'on demande aux gens des villes...

Densifier les villes par tous les moyens, y compris en construisant sur les friches, c’est aussi augmenter sans fin le nombre d’habitants sur un territoire qui lui est limité, comme les ressources qu'il peut procurer. D'où prélever l’eau pour tous ces habitants nouveaux ? De toujours plus loin, en asséchant d'autres régions ? Comment assurer un air sain, alors que déjà l’air de la plupart des villes est pollué ? Comment permettre à ces habitants d’avoir accès à la nature dont ils ont tant besoin pour se sentir vivants ? Comment leur fournir une alimentation produite localement ?

Enfin, construire sur les friches c'est ignorer le refuge qu'elles constituent pour une faune et une flore qui ont vu leur territoire de vie disparaître par l'artificialisation du territoire (agriculture intensive, aménagements). Parmi ces espèces, nombreuses sont celles en voie de disparition et celles qui le deviendront bientôt. Elles sont encore un signal d'alarme qu'il est temps de changer de modèle ! En effet, il n'est pas possible de compenser les habitats de ces espèces ailleurs sur le territoire car il n'y a plus d'espace libre ou disponible. La création de nouveaux espaces naturels suppose de transformer des terres agricoles, ce qui ne peut se faire non plus ! Tout ce qui est présenté comme compensation est en fait un déplacement d'espèces sur des espaces naturels existants qui ne vont jamais pouvoir accueillir tout ce qu'on voudrait y mettre. Et il faut bien comprendre le sens de la sauvegarde de la biodiversité : ce n'est pas un luxe, c'est le contraire. C'est le préalable indispensable à notre survie collective.

En fait, construire sur les friches, c’est exactement comme construire sur les terres agricoles. Cela produit les mêmes conséquences : renforcer la crise écologique et sociale. Il s’agit aujourd'hui d’arrêter d’urbaniser sans cesse, en ville et en dehors des villes, de consommer du territoire, des ressources nouvelles, pour un modèle de développement qui obère notre avenir, et donc le tien. S'opposer à la construction sur les friches relève exactement du même combat que s'opposer à la disparition des terres agricoles. Arrêter de construire sur les friches, c’est arrêter de construire sans fin des bureaux, des logements qui seront accaparés par des investisseurs, des complexes cinématographiques géants, des zones commerciales de chaînes en centre-ville qui viennent faire concurrence aux petits commerces indépendants. Et arrêter de construire sur les terres agricoles, c’est arrêter de construire de nouvelles zones commerciales qui vident les bourgs et villes moyennes de leurs commerces, de nouveaux échangeurs d’autoroutes, des extensions d’aéroports, de nouveaux entrepôts logistiques pour des produits qui viennent du bout du monde, etc. Dans les deux cas, il est nécessaire d’utiliser le foncier avec la plus grande parcimonie, d’arrêter de le gaspiller dans la fuite en avant du « développement », et de préserver les grandes parcelles comme une richesse potentielle collective. Et ce partout, dans les campagnes comme dans les villes, qu’elles soient petites, moyennes ou grandes. Aujourd'hui, le seul mot d'ordre, ce n'est pas de construire, c'est de ralentir.

  • As-tu compris, Petit Prince, pourquoi construire sur les friches est un aveuglement, un chiffon rouge agité devant notre peur du vide, pour ne pas voir que ce modèle d'urbanisation est définitivement terminé comme si nous disposions encore d'une partie pour jouer exactement la même pièce. La partie est terminée Petit Prince, c'est game over. Il faut regarder le territoire comme un bien commun, admettre que la croissance urbaine qui nous est présentée comme la seule solution se fait au détriment des territoires ruraux, et reconnaître que les territoires ruraux et les petites villes aujourd'hui abandonnés représentent certainement l'avenir du territoire.

Les Coronilles Lille, le 2 août 2020

L’obsession aménageuse

Aucun espace de nos villes et de nos campagnes n’est censé échapper à leur mainmise. Celle, totalitaire, de l'Aménagement, de l'Ordonnancement, de la Maîtrise, de la Fonctionnalité.

Routes, parcs, friches, zones d’activités, gares, ronds-points, placettes, nouveaux quartiers, centres-villes, entrées de bourg, partout cette fièvre aménageuse, cette obsession du contrôle. D'autant plus fortes quand la vie sociale s'effondre par ailleurs, quand il semble n'y avoir plus rien sur quoi se reposer. Ne nous resterait-il plus alors que la seule possibilité d’un espace dirigé par cet imaginaire hiérarchisé et sous tension ? Cet espace qui ne nous appartient plus, l'habite-t-on même encore ?

Il n'en a pourtant pas toujours été ainsi

Les savoir-faire locaux des communautés d'habitants se sont exprimés historiquement dans le corps physique des territoires, tirant partie des dynamiques naturelles de l'eau, des végétaux, de la matière, des saisons. Il s'agissait de s'appuyer pour vivre sur les ressources offertes par la force spontanée de la vie.

Les savoir-faire des communautés pour tirer leur subsistance de leur milieu de vie ont évolué du fait des échanges entre communautés (l'agriculture, les modes de déplacements et de construction, l'énergie...), de la disparition des communs au profit de la propriété privée et de la concentration des pouvoirs politiques et militaires.

Gloire au vainqueur qui réunit les trois - le progrès technique, la propriété et la force militaire – dans le grand rêve industriel. L'autonomie d'intervention des communautés d'habitants sur leur territoire de vie avait déjà été considérablement réduite. Elle fut alors totalement confisquée. Seule une cohorte de techniciens plus savants, plus diplômés, plus puissants, mieux armés, pouvaient décider de la forme que prendrait l'espace, désormais dévolu à la production industrielle. Au temps de la modernité, la moindre parcelle fut soumise à cette ingénierie en ordre de bataille, dont la mission a été de produire toujours et toujours plus... Le XXe siècle offrit une apogée à ce processus, intégré aux grands Plans des gouvernements successifs, entièrement émancipés des communautés locales et de la préservation des ressources : implantations de zones industrielles, de villes nouvelles, de zones commerciales, organisées autour des axes routiers et des déplacements en voiture, camions, etc., remembrement agricole avec arrachage systématique des haies, destruction du bocage, agriculture industrielle, rectification des cours d'eau, mises au grand gabarit des rivières navigables, exploitation forestière, extraction minière, disparition des chemins, des parcs et jardins urbains, des marécages, artificialisation des estuaires, des traits de côte. Anéantissement de tout ce qui faisait communauté de territoire.

Tout est désormais sous le contrôle de ces armées d’Aménageurs et d'Ingénieurs

Ils poursuivent ce grand dessein, sans autre perspective que la recherche continue de l'avantage concurrentiel - avec la ville d'à côté ou de l’autre côté de la frontière, l'agglomération voisine, le producteur d'un peu plus loin, d'encore plus loin, de très très loin.

Là où ces opérations ont détruit brutalement la structure même des sols, des cours d'eau, des milieux naturels, des savoir-faire communautaires, on a exigé des habitants de bien se tenir, de ne plus toucher au territoire et d'oublier les connaissances transmises par les générations précédentes. « C'est ici que tu habiteras, ici que tu travailleras, de telle façon que tu te déplaceras, ici que tu loisireras... » (ô villes et territoires fonctionnels de nos désamours et de nos détestations de nous-mêmes). Cette volonté de domination s'est exprimée jusque dans le moindre espace qu'elle a traqué au travers d'arrêtés, de règlements, de programmations urbaines, d'expropriations : jardins familiaux disparus, fossés et noues busés, petites rivières enterrées, arbres de rue ou de parcs sacrifiés. Rien n'a pu arrêter le progrès.

Habiter quelque part n'est pourtant pas un métier

Aujourd'hui, la forme que prend le territoire nous est imposée par les « spécialistes » de la production économique, de l'aménagement, du paysage, de la construction, des réseaux, de l'attractivité des territoires, de la métropolisation. Ils expriment toujours la même volonté de domination. Ces experts viennent appliquer leurs recettes à Nantes comme à Lille, nous expliquer comment ils vont « renouveler » les quartiers, acheminer l'eau, éliminer nos déchets, chauffer nos logements, produire notre alimentation. Ils décident où nous devons rouler, marcher, pédaler, dans quels sens, sur quels sols, quels revêtements, quels trajets. Ils nous imposent telle matière, telle couleur, tel arbre, telle plante, à tel endroit. Désormais, covid aidant, ils tracent les couloirs où nous circulerons demain en respectant les distances de sécurité. Sans se frôler, sans se rencontrer, sans se voir, sans se sourire.

Ceux qui font métier d’aménager ainsi le territoire, la ville, la vie, le vivant et ceux qui valident politiquement ces projets continuent donc de nous exproprier de nos vies. Parce que le projet qu'ils servent n'est pas celui qui rétablit la dynamique écologique d'un milieu de vie, d'un bassin versant, d'une vallée, d'un plateau, d'une région. Parce que leurs actions coupent les habitants de savoir-faire essentiels au sens même de leur vie collective.

MÉNAGER les COMMUNS : une nécessité vitale

Le territoire est avant tout un BIEN COMMUN. Notre survie matérielle, l'articulation de nos imaginaires individuels et collectifs comme notre recherche de sens ont besoin de s'incarner dans ce territoire pour se réaliser.

Ce rapport communautaire au territoire est un besoin vital. Nous sommes des êtres collectifs doués d'intelligence et de compréhension qui doivent, comme tous les êtres vivants de cette planète, appliquer ces capacités au soin de l'environnement qui les nourrit. En dehors de cet équilibre on meurt, c'est simple.

Jusqu’à quand allons-nous tolérer que notre territoire continue ainsi de nous être confisqué ? Il nous faut le reconquérir et le réapprendre.

Sortir de la spirale mortifère de l'aménagement industriel du monde qui a détruit les capacités écologiques et sociales de notre milieu de vie, impose d'inscrire toute action dans le « MENAGEMENT » de ce même territoire. Cela impliquera a minima de reconsidérer la croissance des grandes villes, renforcer notre autonomie alimentaire, préserver notre ressource en eau, relocaliser nos productions, soutenir petites villes et villages, développer les espaces naturels.

Quant aux chemins à prendre, le territoire nous indiquera certainement lui-même les pistes à suivre. A condition d'être à l'écoute du vivant comme de notre sensibilité ! Oui, il va falloir beaucoup apprendre et réapprendre : à tirer ressources et à respecter le vivant, à refaire communauté et solidarité. Combien de vies nous faudra-t-il pour cela ?

La friche Saint-Sauveur ou l'école du ménagement

Au-delà de la perte fondamentale de souveraineté qui s'est opérée, il n'est aujourd'hui quasiment plus possible de s'évader, de respirer, ou de se ressourcer au sein d'espaces qui nous permettent de contempler l'expression et le mouvement spontanés de la vie. Dans notre région, seule la Mer du Nord nous offre ce spectacle, avec les vagues et le vent. Et les friches.

Sur la friche Saint-Sauveur, la nature n’a pas eu besoin d'un projet d'aménagement pour pousser librement, conquérir des zones asphaltées, se faufiler dans les failles des dalles, expérimenter les matériaux présents et les formes déjà données par l’activité humaine. Elle s’est paysagée sans paysagistes, offrant de riches paysages à qui sait les voir.

Partons en visite

Tout commence avec la chambre verte, où la clématite des haies, cette « herbe aux gueux », grimpe à l’assaut des arbustes et des murs. On traverse une clairière, puis une cabane de lianes, on écarte un rideau vert. Là, mais oui, ça sent bien la prairie, et l’odeur puissante de la tanaisie, de l’armoise et du mélilot.

On rejoint les anciens quais de chargement. Une ligne de millepertuis fine comme l’étroite fente du béton explosé ici court rectiligne avant de bifurquer à angle presque droit. De délicats sedums en fleurs revêtent le ballast des voies de chemins de fer. Des lichens, des mousses. Bruns, verts, moelleux tapis qui par endroits se couvrent de feuilles pour devenir litière d'où émergent saules et bouleaux. Au loin on imagine une forêt de cactus, une flore de canyon. On le découvrira en s’approchant, on s’est bien fait avoir - ce sont des bouillons blancs, érigés, hauts, aux feuilles de velours.

Les troncs clairs des bouleaux sont les phares qui rythment notre avancée sur la grande esplanade centrale. Oui, avançons. A droite surgit une savane qui sèche, jaune, sur des remblais dont on a voulu se débarrasser. Ou c’est peut-être la terre excavée bien proprement entre deux voies qui a formé cette petite colline rectangulaire au sommet plat.

A gauche, les chauds rayons du soleil de début de soirée font vibrer la rouille mate des rails et le rouge de ces plantes si fines dont on ignore le nom. On pense à un paysage de far west américain. Ou à un jardin méditerranéen. Au bord, un buddleia violet s’est assorti à un chardon, géant et tout aussi violet. Un plan de luzerne en fleur, violette encore.

Continuons. Une prairie de fleurs hautes. On s’y glisse jusqu’à la taille. Quand et où a-t-on pu ainsi marcher parmi les fleurs et les graminées ? Epilobes roses vifs, onagres jaunes, et dans un coin la touche rouge du coquelicot. On suit un chemin sinueux tracé par le passage d’hommes, d’animaux peut-être - une piste. On remonte et là, c’est un sol de sable, sec, avec de petites touffes vertes. Une brousse ou, plus près, les dunes des côtes du Nord. Les pieds s’enfoncent doucement, ça crisse. Aucun chemin n’est tracé, on marche librement, on croise qui on croise. Et soudain le chant des criquets.

Pas besoin d'aménageurs sur la friche Saint-Sauveur

On veut du ménagement. Utiliser l'espace en respectant la vie qui y a trouvé refuge. Réapprendre le sol, les végétaux, le cycle de l'eau, le jardinage, le potager, la pensée du territoire, le faire-ensemble, la mobilisation, la solidarité, et l'hospitalité due à ceux qui sont dans l'exil.

On veut du ménagement. Ménager cette beauté*, cette liberté, cette générosité, cette nature qui s’est installée sur les traces de nos activités. Qui les montre en les recouvrant, et les transcende. Quelle inconscience, quelle barbarie, de détruire cela. On veut du ménagement, pas de l'aménagement.

Et depuis cet espace, tisser le fil du ménagement de tout le territoire, remettre en cohérence ses ressources et nos solidarités.

Les Coronilles

Lille, le 23 juillet 2020

*A propos de la beauté. Nous sommes surpris par les formules enchanteresses par lesquelles sont évoqués les abords de la ville de Lille au cours des siècles précédents, dans les écrits qui sont parvenus jusqu'à nous. Il n'est question que de beauté : celle des 300 moulins devant la Porte Saint-Sauveur et de leurs ailes rouges déployées dans le vent, celle des prairies de la zone non aedificandi sur laquelle a été bâtie la Gare Saint-Sauveur, celle des jardins familiaux jusqu'à la plaine des Dondaines, celle des cours d'eau et même des fossés des fortifications, celle des vergers et de leurs cerisiers. Cette nature à laquelle étaient particulièrement attachés les mal-logés de Saint-Sauveur. Mais cela fera l'objet d'un autre billet…

Ce projet d'un autre temps, d'un autre siècle promeut un modèle non respectueux et même dangereux : - utilisation immodérée de la ressource en eau, agriculture chimique industrielle,  trafic routier intense impactant la qualité de l'air, non prise en compte des risques de submersion marine et donc de pollution par évacuation accidentelle des bassins avec contenus chimiques...

Ici le lien pour participer à l'enquête publique et dire Non, Ni ici, Ni ailleurs. 

Ici un lien pour participer à la pétition contre ce projet. 

Là, la contribution d'un collectif inter-associatif dont nous sommes, pour exprimer un avis négatif dans le cadre de l'enquête publique.